‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 242 sur 359 · CHAPITRE VII. 44i · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII. 44i

blante^ isolée par tant de coups fi^ppiés. autour d'elle. Pierre l'entraîne alors des prisons diôJBiloscou dans celles de Pétersbourg.

C*e&t là surtout qu'il se tourmente à torturer l'âme de son fils, pour en extorquer jusqu'aux moindres spuTenirs d^irritation, d'indocilité ou de râ>ellion; il les note chaque jour avec un horriblesoin, s'applaudissant de chacpie aveu, ajoutant les uns aux autres tous ces soupirs, toutes, ces larmes, en dressant un détectable compte ; s'efierçant enfin de composer un crime capital de toutes ces velléités , de tous ces regrets auxquels il prétend donner un poids dans la balance de sa justice.

Puis, quand, à force d'interprétations, il croit avoir fait de rien quelque chose, il se hâte d'appeler l'élite de ses esclaves. Il leur dit son oeuvre maudite; il leur en étale l'iniquité féroce et tyrannique avec une naïveté de barbarie, uiîe candeui^ de despotisme, qu'aveugle son droit de souverain absolu, comme s'il existait un droit hors de la jus^ tice, et qu'éblouit son but, qui, par bonheur, se trouvait grand et utile.

Par la , il espère faire attribuer à la justice le sacrifice qu'il fait a sa politique. U veut se justifier aux dépens de sa victime, et faire taire le double cri de sa conscience et de la nature, qui TimportiHie.

Aprè$ que , par cette longue accusation , ce maitre absolu croit avoir irrévocablement con-

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damné, il interpdle les siens. « Us viênnenJ^ tfénr Kc tendre y s'est-il éerié, la longue déduction de (( crimes pre$<{ae inoms dai» le monde ^ dont son « fils eA coupable contre lui y son père et son K souverain* On sait assez que s^ il aurait le droit « de le juger; néanmoins y il vient leur demander « leur secoiu^; car il appréhende la mort éter-* « neUe^ d! autant plus qu'il a promis le pardon à « son fils y et qu'il le lui a juré^^ur les jugemens H de Dieu.'... C'est donc a eux à en faire justice, « sans considération pour sa naissance, sans égara «r pour sa personne , afin que la patrie* ne soit point (c lésée. » Il est vrai qu'à cet ordre clair et terrible, il a entremêlé ces mots grossièrement astucieux : (c Qu'on doit prononcer sans le flatter, ni craindre a sa disgrâce, si l'on décide que son fils ne mérite (( qu'une puniticm légère. »

Les esclaves ont compris leur maître : ils voient quel est l'horrible secours qu'il leur demande. Aussi, les prêtres consultés n'ont-ils répondu que par des citations de leurs saints livres, choisissant en nombre égal celles qui condamnent et celles qui pardonnent, sans oser mettre de poids dans la balance , pas même cette foi jurée qu'ils craignent de rappeler.

En même temps , les grands de l'État , au nomlire de cent vingt-quatre, ont obéi. Us ont prononcé la mort unanimement et sans hésiter : mais leur arrêt les condamne eux-mêmes, bien plus que

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leur victime. On y voit «lés dë^cMÙttakis- dlbrto -de cette fouk d'esclayès se tourmentant à el&eer. Id parjure de leur maître; et cpmme leur lâche mensonge 9 s'ajoutant au sien, le fait ressortir davantage! ^

Pour lui , il achève inflexiblement : rien ne l'arrête ; *»i le temps qui vient de s'écouler sur sa colère, ni ses remords, ni le repentir d'un infortuné, ni la faiblesse tremblante, soumise, suppliante! Enfin, tout ce qui, d'ordinaire, même entre ennemis étrangers, apaise et désarme, est sans effet sur le cœur d'mi père pour son fils.

Bien plus , comme il vient d'être son accusatem^ et son juge, il sera son bourreau : c'est le 7 juillet 17 18, le lendemain même du jugement, qu'il va , suivi de tous ses grands, recevoir les dernières larmes de son fils, y mêler les siennes; et quand enfin on le croit attendri, il envoie chercher la forte potion y que lui-même a fait préparer! Impatient, il en hâte l'arrivée par un second message ; il la fait présenter devant lui comme un remède salutaire! et ne se retire, profondément triste, il est vrai, qu'après avoir empoisonné l'infortuné qui implorait encore son pardon. Puis il attribue la mort de sa victime , expirée quelques heures après dans d'affreuses convulsions, à la frayeur dont l'a frappée son arrêt! Il ne couvre toute cette horreur aux yeux des siens, que de cette grossière apparence : il la juge suffisante à

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