CHAPITRE VI
Ce qui est certain, c'est que ce fiit surtout le siècle suivant, celui d'Iwan-le-Terrible, qui attira et fixa le plus long -temps toute son attention; ses propres paroles et les reproches de plusieurs de ses contemporains l'attestent.
Dans le monstre du seizième siècle, Pierre n'apercevant peut-être pas assez son miinistre, semble avoir surtout distingué l'opiniâtre agresseur des provinces riveraines de la Baltique , qu'Adaschef voulut alors vainement réunir à l'empire russe. Il approuvait le législateiw qui, vers i55ô, retira la justice des mains rudes et avides des guerriers , pour la remettre aux anciens , aux chefs de villages, aux centeniers et k des juges élus par les citoyens.
Attribuant toujours à ce prince tout le bien que fit son ministre , il trouvait sage le classement des enfans boyards, au-dessous des lettrés attachés aux cours de justice; le soin que mit ce troisième autocrate russe à foire tomber en désuétude les combats judiciaires, et cette défense de toute exécution capitale , sans la sanction de la cour suprême des boyards , que le prince présidait.
D'autre part , la perception des impôts arrachée aux possesseurs de fiefs militaires, pour la confier à des employés du fisc, ne dut point paraître moins judicieuse à l'imitateur de cette sage mesure.
Pierre se plut encore sans doute à voir le Tzar du seizième siècle interdire au clergé tout nouvel
achat d'immeubles 9 lui reprendre ceux^ jadis ^ dépendans du domaine , et écrire aux chefs de cet ordre : Que ce sont les cœurs et non des terres que les religieux dowent culiiçer,* que ce n'est point du blé qu'ils doii^ent semer, mais la parole dii^ine! Leur héritage dei^ant être le royaume du ciel, et non pas des villages et des pcUrimoines.
On peut même croire que le réformateur du dix-huitième siècle approuva ce règlement ecclésiastique du seizième 9 si remarquable par sa moralité, par le tableau de l'horrible dépraTation des mœurs du clergé qu'il signale, et parce qu'il conserrait où donnait aux paroissiens le droit d'élire leurs prêtres et leurs diacres.
Mais il dut s'étonner que, dans ce C!ode civil et ecclésiastique d'un tyran si féroce, la propriété, la justice et l'humanité, eussent été plus respectées que dans les réglemens de ses prédécesseurs. Il est vrai qu'il put attribuer ce bienfait aux deux habiles et vertueux ministres des premières et heureuses années de ce Néron du Nord.
Du reste, s'il trouva ce second Code russe encore entaché de la barbarie de ces temps et du tyrannique esprit de son auteur, ce ne fut point parce qu'il penuit l'esclavage de la glèbe qu'ordonna , peu d'années après, le dernier des Rurick. On peut croire que Pierre, qui aimait l'ordre à tout prix, pensa que contre un état insupportable de désordre, de vagabondage et de barbarie, il n'y avait