CHAPITRE III
Mais à côté de cette consolation iutérieure du grand homme, que de douleurs privées I Une soeur, sa tutrice, usurpatrice de ses droits, meurtrière de sa famille maternelle, assassin de son en&nce et de sa jeunesse , et conspiratrice obstinée ; une seconde sœur complice de la première; une pre«* mière épouse ennemie et répudiée; un fils rebelle qui se plait à se rendre l'espoir de l'aTcugle haine des Moscovites contre son père, et qu'il faut sa* •crifier à la régénération de l'empire. Ce n'est pas tCHit; sept autres enfans, dont encore cinq fils, sa l^us chère espérance , meurent tous en naissant , ou peu après; il ne lui en reste pas un seul pour perpétuer, dans un successeur formé par luimême, ses grandes et laborieuses créations^
D'autre part, ses amis les plus chers, ses élèves, les compagnons de ses travaux, sont accusés, con* vaincus de péculat; il fsiut qu'il les arrache de son cœur ou de ses yeux , les uns par le m^épris , d'autres par l'exil, et plusieurs même par Téchafaud. Ajou*tez, d'aveugles sujets qui le maudissent dans acm but comme dans ses moyens. A l'exception de quelques nationaux, il n'a pour lui, au milieu de son peuple, que des étrangers, et n'obtient, du
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reste, qu'une admiration sans amour et sans re*
connaissance.
Enfin y une maladie horrible va terminer sa grande existence par des supplices peut-être assez atroces pour expier les tourmens qu'il fit subir aux ennemis de son système^
Malheurs plus ou moins mérités, comme tantes les infortunes des hommes. Pierre mérita^ cette horrible maladie , par une intempérance , mère de ces crueUes souffrances qui servent moins a corriger la vie qu'à en détacher; l'animadversion de ses sujets y par sa violence despotique , qui trop souvent allait au bien par le mal; la perte de tant d'enfans, par les excès de travaux qu'il laissa ou fit supporter à leur mère , au milieu même de ses* grossesses; n'y ayant rien de si fatigant pour ceux qui les entourent , comme pour les nations , que ces grands hommes toujours si infatigables.
Quant à l'inimitié de sa première femme, elle naquit, ditron , de la jalousie qu'inspira à cette princesse le coupable amour du Tzar pour Anne de Moëns : source fatale! d'où vint ensuite cette opi^ niâtre aversion d'un fils, qu'entraînèrent la foreur d'une mère répudiée, et les conseils irrités des parens maternels de ce malheureux Alexis; puis, tous les déchiremens intérieurs qui suivirent : enfin, jusqu'à cette terrible catastrophe, cet affreux parricide qui, vingt ans après, ensan^anta tout son règne ! Triste résultat d'une {M:*emière infid^