‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 279 sur 359 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'ingratitude suivit de près ce couronnement , et soit faiblesse naturelle à ce sgxe y soit qu'il faille de l'espoir même à la reconnaissance , celle de Catherine^ dès qu'elle n'eut rien de plus à attendre de son bienfaiteur, se démentit.

En effet, jusqu'à ce joiu', elle avait eu tout à espérer de la vie du Tzar. Désormais, sa mort seule pouvait l'élever davantage, et l'on dit qu'elle la désira : on dit même plus ! Ce qui est certain , c'est qu'elle trahit alors la foi conjugale.

Au reste , peut-être n'y eut-il dans le crime de cette esclave allemande couronnée, qu'une fàci-^ lité de mœurs digne de son origine; peut-être même, comme on l'assure, son chambellan Moëns, était -il réellement séduisant; mais ' enfin, soit emportement d'une ambition dont il est prouvé qu'elle n'était pas dépourvue, soit fatigue des. violences de son bienfaiteur, sa répugnance pour Pierre augmentant, elle laissa percer son dégoût..

Le Tzar s'en aperçut; son humeiw s'aigrissait, son âme avait usé son corps, une soufirance se-^ crête , cruelle , mortelle même , ajoutait à son irri-. tabiiité natiu*elle; et par cette justice intérieure qu'on ne manque guère de se rendre, devenant d'autant plus soupçonneux qu'il se sentait moins, supportable , il se défia de l'adultère et le fît épier.

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La cour se trouvait alors à Peterhof ; le prince Repnin, président du collée de guerre, couchait non loin du Tzar ; il était deux heures après minuit ; tout à coup y la porte de ce maréchal s'ouvre avec violence, des pas brusques et précipités le réveillent en sursaut : surpris, il regarde : c'était PierreiRrGrandj il était debout devant son lit; ses yeux étincelaient de foreur, ses traits étaient bouleversés par une rage convulsive. Repnin a dit ' , qu'à ce terrible aspect, saisi d'eflfroi, il se crut perdu et demeura immobile; mais son maître, d'une voix entrecoupée, haletante, lui a crié : Lèpe-toi! parie^ moi! tu n^ as point besoin de t'habiller, et le maréchal tremblant a obéi.

Alors seulement, il apprend qu'à l'instant même, le T«ar, guidé par un rapport trop fidèle, a pénétré subitement chez Catherine; que le crime est découvert ! l'ingratitude avérée ! qu'à la pointe du jour k tête de la Tzarine tombera î l'empereur y est résolu !

Le maréchal a depuis assuré que, retrouvant peu à peu la voix , il convint de l'horreur d'une si grande perfidie; mais qu'il fit remarquer à son maître que le crime était ignoré de tous, qu'il fallait craindre de le rendre public ; qu'alors , s'enhardissant , il avait osé rappeler le massacre des strélitz , que, depuis, chaque année avait été ensanglantée par des supplices; qu'enfin, après l'emprisonnement de sa sœur, la condamnation à mort' de son

' Fi Leclerc, Coxe, Levesque.

fik, la flagellation et la récluftion de sa première femme y s'il disait encore tratioher la tète à la «e** oonde, rEmx>pe ne le regarderait plus que coimiie im prince féroce, ayide dn sang de ses sujets et du sien propre.

Il ajouta qu'au reste, le T^ar pouvait se satisfaire en £3iisant^ pour d'autres motifs, tomber Moêns sous le glaive des lois; quant h Timpëratrice, il trouverait les moyens de s'en défaire sans que sa gloire en soufiHt.

Pendant que Repnin parlait ainsi, le Tzar, im«mobile et debout devant lui, le fixait d'un regard dévorant^ en gardant un silence farouche. Mais^ bientôt, et comme cela lui arrivait dans de fortes én^otions, son cou se tordit vers son côté gauche, et ses traits gonflés se contractant convulsivement , décelèrent la terrible hitte à laquelle il était en proie. Et pourtant l'excessive contention de son esprit maintenait sa personne dans une efirayante immobilité.

Tout à coup enfin , il s'élance hors de la chambre dans la salle voisine. Pendant deux heures entières , il la parcourt a grands pas; puis, rentrant soudai-^ nement comme un homme déterminé, il jette ces mots à Repnin : Moêns va périr I f observerai si bien l'impératrice que sa première faute lui cou*tera la vie !

Il, sort alors, et le lendemain la tête de Moëns, accusé de déprédations, tombe; ses deux fils, dégradés, sont envoyés au loin vers la Perse, comme

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de amples soldats. En même temps, sa sœm*, com:-^ plice du crime et fayorite de Catherine, reçoit le knoat; elle est exilée en Sibérie,- et ses biens sont confisqués. On assure même que le terrible Tzar a conduit, devant la tête sanglante de son amant, sa coupable épouse, qu'il regardait fixement, et dont les yeux baissés ne trahirent heureusement pas la douleur. Enfin, Repnin ajoute que, depuis cette miit terrible jusqu'à sa mort, Pierre n'a plus parlé à l'impératrice qu'en public, et que, dans sonânteneur, il est resté séparé d'dle. '

Comme cette mort arriva peu de mois après, quelques uns en soupçonnèrent Catherine; et sans avoir égard à l'infirmité trop bien connue du grand homme, sans calculer l'entassement des faits, et combien de tels héros ont fatigué le temps : sans réfléchir cp'aucun d'eux n'a guère parcouru pkas de la moitié de la carrière permise aux autres hommes, ils ont accusé cette impératrice.

C'est un double malheiu', il est vrai, pour la. réputation de Catherine conmie poiu* celle de Mentzikof, tous deux étant partis de si bas, et s'étant constamment appuyés l'un sur l'autre pour s'élever si haut près du Tzar, que tous les deux se soient perdus dans son esprit, si peu de temps avant sa mort, l'un par la prévarication, l'autre par l'adultère. En effet, tous deux s'étaient vus remplacés, dans sa faveur : l'une, dit-on , par une princesse

' F. Munnich et leclerc.

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