CHAPITRE V. 53i
son esprit seul, ne lui suffit pas; il veut y joindre encore Texëcution, voir par luinoiéine. U ne s'ar* rêtera que pour mourir; et cette abnégation de sa personne , sans qu'il y songe , est sa meilleure excuse pour avoir si peu épargné les autres.
C'est pourquoi, le 17 janvier 1725, jour de la bénédiction de l'eau, il brave l'âpreté du climat, celle de la maladie; et, pour la dernière fois, commandant par l'exanple, il veut donner celui d'une piété qu'il sait pourtant distinguer de cette superstition, qui fiit sa plus pernicieuse et redoutable ennemie.
Mais , dès le lendemain , soit effet de cet excès de piété • , soit qu'il y ait joint quelque autre excès • , sa poitrine s'engage, un feu de plus en (Jus dévorant déchire ses entrailles, une opiniâtre et poignante ischurie le torture. U veut encore lutter contre son mal , et se redresser contre la douleur, dernier monstre que cet Hercule mourant cherchait encore à dompter; mais elle triomphe, et il retombe sans espoir sur son lit de mort«
Le palais s'alarme; des courriers partent pour Leyde et Berlin , afin d'en rapporter un avis salutaire. Tous les médecins de Pétersbourg sont appelés autour de cette couche où gisent tant- de souvenirs, tant d'espérance de gloire et de prospérités nationales. Là, pendant dix jours, au milieu
' Selon StcBhlin, etc.
* iSdon des Mémoires inédits, et d'autres écrits déjà publiés.
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de8 terribles moyens qu'on emploie pour le sou-* lager , et qui , dit-on , rdchevèrent y tantôt il remplit le palais des cris que lui arrachent ses soufirances^ tantôt s'indignant de cette faiblesse involontaire , il s'écrie, quart voit bien en lui que l'homme nest qu un misérable animal ï
Enfih, le 26 janvier, il se résigne; il invoqué le ciel à baute voix, il reçoit les derniers secours de la i^ligion; et soit humilité chrétienne, soit remio'rds de mourant , ou bien encore soumission à un usage antique, particulier à la Russie, il fait payer ses dettes et relâcher les prisonniers. Dieu y ] ose V espérer , disait -il en même temps, jettera sur moi un regard de clémence pour tou4 le bien que f ai fait à mon pays !
Alors, mourant encore niille fois pendant deux jours entiers , mais avec la même ardeur de civi* lisation et la même fermeté avec laquelle il a vécu, dans les courts intervalles que la doulenr lui laisse, il recommande à Catherine son académie des sciences , et d'y appeler les savans de l'Europe. Il lui désigne Ostermann par ces miots : La Russie ne peut se passer de lui; il est le seul qui connaisse ses véritables intérêts. Puis, il règle le temps pendant lequel on va porter son deuil.
11 veut enfin écrire ses dernières volontés ; mais le calme trompeur d'une mort partielle , qui remplace successivement ses douleurs, l'a abusé sur les forces qui lui resteiit. Sa main tremblante^