‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 83 sur 359 · CHAPITRE I. i5i · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. i5i

mis en Perse, en Suède, en Hongrie, à Vienne , à Rome même; mais le célèbre Etienne, hospodar de Moldavie, et MengHli-Ghirey, khan de Crimée, placés entre la horde dorée, la Turquie et la Lithuanie, qu'ils redoutent, sont les ennemis de ses ennemis. Voilà donc ses alliés naturels, ceux qu'il distinguera entre tous; son machiavélisme, en les trompant sans cesse , saura les conserver à la Russie et les tenir en guerre perpétuelle contre la Lithuanie, jusqu'à ce qu'il trouvé l'instant favorable pour la frapper à son tour.

Tels sont les alliés et les adversaires d'Iwan III ; son règne commence , et d'abord il reconnaît tous ces droits , il flatte tous ces pouvoirs ennemis qu'il veut détruire; il caresse toutes leurs prétentions, il en souffre même patiemment tous les abus.

Toutefois, dès son avènement, la quadruple lutte qu'il doit soutenir contre les Lithuaniens, les princes apanages , les républiques russes et les Tatars, commence par ceux-ci; mais remarquez avec quelles précautions ! S'il ne paie point le tribut du khan y s'il ne va point jusqu'à ses pieds y ramas* ser sa couronne, ne croyez pas que son jeune orgueil ait rejeté fièrement ces honteuses nécessités qu'un barbare à demi vaincu lui impose. Non, il les a seulement éludées; et, en retenant ftu'tivement le tribut, il s'est humblement reconnu pour tributaire.

Bientôt les résidens tatars, leur suite, leurs marchands, encore établis jusque dans le Kremlin,

i52 LIVRE IV.

' en seront enfin exclus. Qui ne s^attend à ce qu'an afiranchissement si désiré ne soit y dans un puissant souverain ) Teffët d'un noble mouyement d'indignation? Mais, tout au contraire, c'est par d'insidieux prétextes, et en achetant bassement la protection d'une femme tatare, que le Grand-prince atu*a dérobé au khan l'ordre que ces Mongc^s ne soient plus établis en maîtres jusque dans sa de-^ meure.

Plus tard, tout ce qu'obtient de cet autocrate la fierté de son épouse, fille de l'empereur de Byzance, c*est qu'il évite d'aller au-devant dé l'envoyé mongol , qu'il ne s'abaisse plus à étendre , sous les pieds du cheval de ce barbare, un tapis de martre ; qu'il n'aille pas se prosterner à ses pieds : c'est encore qu'il refuse d'écouter, à genoux, la lecture des lettres du khan; c'est , enfin , qu'il ne se soumette plus à présenter à l'envoyé de son maître la coupe de Koumys, et à lécher honteusement , sur le col du cheval du barbare , les gouttes de breuvage qu'il y laisse tomber.

Et pourtant, dès les premières années de son règne, l'ancienne Bulgarie, la première, la plus grande ville tatare , Kasan enfin , est soumise à ses armes; bien plus, avant ce triomphe et depuis, la horde dorée, qui trois fois s'est levée tout entière contre lui, est trois fois retombée, et ses restes,. poursuivis avec acharnement, sont enfin détruits jusque dans lem^ repaire.

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