CHAPITRE II. i6i
régnait sur tout le nord de la Russie, dont elle avait le commerce exclusif, et qu'elle devait défendre contre les Suédois , les chevaliers livoniem et la Lithuanie. Mais depuis Iwan Kalita , perdue de luxe, elle avait plus souvent racheté que défendu ses frontières et ses libertés. Déjà quelques unes de celles-ci lui étaient échappées. Mais, en 1471 > s'enhardissant de la pusillanimité présumée du Grandrprince, elle prétend les ressaisir, Marpha Texcite, Cette riche et puissante veuve d'un Posadnick, aime, dit-on, un Lithuanien. 11 lui plairait de donner sa patrie à celle de son amant. C'est une ambitieuse; de ces ambitions de femmes, dont les passions s'agitent presque toujours au profit d'un homme : comme si les femmes, rayons d'un autre centre, complément d'mi autre sexe, ne devaient vivre qu'en lui, la personnalité étant interdite à leur nature.
Celle^i ouvre son palais, prodigue ses trésors aux citoyens de Novgorod, que les sons chéris de leur vetchi^pî*^kolokol ' appellent sans cesse sur la place publique , où règne leur licence. Us ont déjà chassé les officiers du Grand-prince ; ils se sont emparés de ses domaines, et qt^md la soumission de Kasan permet à Iwan de se retourner vers Novgotod, et d'y faire entendre une voix menaçante, ik éclatent , se soulèvent , et se donnent , par un traité, à Casimir, prince de Lithuanie.
' Cloche de l'assemblée.
i6a. LIVRE IV.
C'est ici, qu'au travers de ses autres affaires avec les Tatars , la Suède , la Livonie , Pskof et les princes ses parens, il est curieux de suivre la marche politique d'Iwan contre cette redoutable république. Observons surtout cette volonté à la fois forte et flexible; exaltée dans son but, en même temps que froide et persévérante dans ses moyens; s'aidant tantôt d'humilité et de machiavélisme, tantôt d'orgueil et de terreur , mais aussi de patience, de bonté, de générosité; ce qui, avec les fautes de ses adversaires et les nécessités des temps , donne à l'établissement de la tjrrannie d'Iwan III , une apparence , une sorte de modération , et même d'utilité publique.
Se faisant des alliés de tout, il a su armer, contre la démagogie de Novgorod, l'orgueil des nobles; contre son excessive opulence, l'avidité des princes encore apanages; contre sa trahison et son apostasie, le fanatisme des peuples; et Novgorod, attaquée par trois armées, que suivent des nuées de pillards, résiste opiniâtrement au-dedans , lâche-* ment au-dehors, et succombe.
Iwan affecte une modération qu'il juge encore indispensable. Trop peu afiermi contre ses ambitieux parens", pour se saisir d'une si grande proie sans la partager avec eux, il semble se contenter d'une rançon et de la restitution de quelques domaines ; mais il a ruiné Novgorod par la dévastation et le pillage ; mais , dans l'acte de soumission