‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 90 sur 359 · CHAPITRE II. i · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. i

de cette république, Tobscurité de quelques mots contradictoires lui réservent le pouvoir de législateur et déjuge suprême. Voilà le côté par lequel il a saisi cette proie, et par où il va l'attirer à lui peu à peu, pour l'engloutir enfin tout entière.

D'abord , il profite de l'étomnlissement de ce premier coup , et d'une insulte des Permiens , pour enlever à la grande ville, ces tributaires. Désormais, le commerce de ces peuples avec l'Allemagne, jadis tant convoité par Iwan Kalita, enrichira Moscou. Puis , à la nouvelle d'une agression "^ des chevaliers livoniens, sous prétexte de secourir la grande ville, ainsi que Pskof, il leur envoie ses ambassadeurs et ses troupes combattre et traiter en son nom, le rendre présent partout, et oter ainsi à ces deux républiques, qu'épuise son armée, leur droit de paix et de guerre.

En même temps, il fomente des dissensions entre. les principaux citoyens de Novgorod et la classe inférieure; et quand il a su attirer à lui toutes les plaintes, il vient au milieu d'eux ruiner les riches par les présens et les réceptions magnifiques que sa présence exige, éblouir le peuple de la pompe nouvelle de sa cour orientale , et le séduire par la partialité de sa justice.

C'est alors qu'il fait entraîner tout chargés de chaînes, vers Moscou, les grajids de Novgorod, jadis ses ennemis. Il s'est fait dénoncer ces Bojards par le peuple : l'aveugle jalousie de ces plébéiens se plait

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à voir violer dans ces notaUes ^ l'antique droit de la république : « qu'aucun de ses citoyens ne soit «jamais ni juge ni puni hors de son territoire. » Voilà comme , mêlant astucieusement la ruse à la force, la justice à la violence, Iwan sait désunir tous ses adversaires, se faire juge de toutes les causes, et gagner tous les cœurs de la multitude, dont les élans le suivent jusque dans Moscou.

Ces républicains semblent ne plus vouloir d'autre justice que celle du Grand-prince; ils envoient leurs plaintes au pied de son trône : et lui , saisissant d'autant mieux l'occasion qu'il l'a fait naître, somme aussitôt tous ces imprudens de comparaître devant son tribunal. Novgorod, qui, jusque-là, n'avait été justiciable que d'elle seule, étonnée, entraînée hors d'elle jusque dans Moscou, ne sait plus si elle obéit au prince ou à elle-même. Jamais y s'écrient les annalistes, jamais y depuis Ruricky un tel éi^énement n était arrivé; jamais les Grands-princes de Kief et de Vladimir notaient vu de Nos^gorodiens venir les prendre pour juges. Iwan seul a pu réduire Novgorod à ce degré d'hunU" Horion.

Mais l'autocrate avait su revêtir toutes ces usui> pations de formes séductrices. Dans ses empiétemens , il semble auKlessus de toute haine individuelle; Marpha elie-niiéme, il ne l'a point inquiétée; il n'en veut point aux personnes qui ne font que passer, dont les caris peuvent émouvoir, ou

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