‹ Histoire de Russie et de Pierre-le-GrandChapitre 91 sur 359 · CHAPITRE IL i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL i

déceler sa marche ^ mais aux choses , qui sont plus durables^ qui se taisent, et qui d'ailleurs renferment ou entraînent les personnes* Faisant servir le bien au mal, il a employé sept ans à attirer ces républicains hors de leurs usages, par sa modération généreuse et l'équité de ses jugemens; puis, quand, par cette marche lente, graduelle et presque insensible, il croît atoir entraîné ces aveugles assez loin de leurs «nciemies coutumes, et leur avoir fait perdre de vue leurs libertés antiques, sur chaque mouvement irréfléchi qu'il a fait tiaître, sor chaque imprudence qu'il a provoquée , il fonde un droit.

Enfin , le nom de souverain que lui donne , dans une audience, l'inadvertance ou la trahison d'un envoyé de la république, lui suffit pour réclamer d'elle, a l'instant, tous les droits de maître absolu, que l'usage d'alors attachait à ce titre. Il exige donc qu'aussitôt la république lui prête serment comme à son législateur, a scm juge; qu'elle reçoive ses boyards avec toutes leurs vexations arbitraires, leurs envahissemens et leurs ruines; qu'elle leur cède ce palais révéré d'Iaroslaf , temple saint de leur liberté, leur forum, où, depuis plus de cinq siècles, ont régné leurs asisemblées publiques, et qu'enfin diaque citoyen abdique sa souveraineté au profit d'un seul.

A cette soudaine explosion de tyrannie, répond une explosion contraire d'indignation et d'indé-

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pendance. Le voile tombe des yeux de Novgorod; k voix chérie de sa liberté, son vetchvoï-kolokol, jette un dernier son d'alarme; elle appelle les citoyens sur ce forum dont on veut les chasser sans retour; Novgorod, soulevée tout entière, s'écrie cpUwan est y à la vérité ^ son seigneur^ mais quil ne sera jamais son souverain; que le tribunal de ses lieutenans doit siéger à Goroditch^ mais jamais à Noi^gorod; que Novgorod est et sera toujours à elle-même son propre juge. Puis, ces infortunés dans leurs transports, achèvent de s'aliéner leurs nobles, par le massacre de plusieurs d'entre eux, qu'ils croient complices de la tyrannie. Leur imprudent envoyé, qu'ils désavouent si hautement, ib le font comparaître, ils le jugent, ils le condamnent à grands Cris , le déchirent en mille jMèces, et se donnent une. seconde fois à la Lithuanie, dont ils appellent le prince à leur secom*s.

Au bruit bien prévu d'une révolte si légitime, l'astucieux despote feint un douloureux étonnement; il gémit; à l'entendre, c'est lui, ce sycophante, qu'on a perfidement abusé. Il accuse les envahis d'avoir tendu un piège à l'envahisseur; « ce (c sont eux qui l'ont voulu pour souverain ; et « quand, cédant à leurs vœux, il en a pris le titre, (( ils le désavouent; ik ont l'impudence de lui don- (( ner un démenti formel aux yeux de la Russie K entière; ils osent verser le sang de leurs compa-

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