CHAPITRE IL
cf triôtes restés fidèles^ et trahir enfin le ciel et la i< terre sainte des Russes , en y appelant une reliu gion et une domination étrangères. »
Le machiavélique tyran adresse ces hypocrites plaintes à ses prêtres, à ses nobles, à ses peuples, à toutes les forces de ce ciel et de cette terre qu'il arme contre ces infortunés. Pskof et Twer paraissent avoir seuls hésité ; mais il entraîne ou attire à lui, sous la forme d'un contingent, tous leurs moyens de guerre ; car il n'entreprend jamais qu'une chose à la fois, et amis comme ennemis, il sait tout réunir contre un seul.
Novgorod, environnée de tant d'ennemis, s'effraie ; elle offre des conditions. Je veux régner à Novgorod comme à Moscou ^ s écrie enfin le despote, il me faut des dommnes sur votre territoire; vous deçez renoncer à votre Posadnickj à la clocha qui vous appelait au conseil national. Et toujours fellacieux , il prom.et en même tem^ps de respecter une liberté à laquelle il ôte le pouvoir de se défendre.
A cette terrible déclaration, ces infortunés s'agitent dans leur grande cité , devenue leur prison ; ils passent tour à tour de l'excès de la rage a celui de la terreur. Plusieiu's fois on les vit s'élancer fiirieux sur leurs armes , et plusieurs fois retomber dans le découragement de l'impuissance.
Cependant , le machiavélique autocrate les observe. Pendant un mois entier, et quoique le glaive
i68 LIVRE IV.
à la main 9 il demeure immobile^ car il ne s amuse point à la gloire. Sa force patiente > sait attendre; il n'a réuni tant de moyens de guerre cpie pour éviter la guerre, et toute cette inn<Hnbrable armée de combattans que pour ne pas combattre. C'est par la consternation qu'il veut vaincre; et, resserrant peu à peu le cercle de fer et de feu dont il a envi-r ronné la république, il l'oppresse, l'of^rime, il la terrifie de sa formidable présence. Son bras tout puissant, depuis si long-temps levé, ne se fatigue point; il ne s'appesantit que graduellement sur ces malheureux; et sans avoir frappé, par l'infaillible efifet de cette compression lente et inévitable^ il force enfin à la résignation leur désespoir.
Cette marche, si mesurée dans la lutte, se retrouve encore dans la victoire; le sang n'en a point tâché le triste souvenir. Marpha et sept notables novgorodiens sont seuls emmenés captifs dans Moscou, et leurs biens confisqués; mais, le i5 janvier 1478, les assemblées nationales cessent , les citoyens prêtent serment d'esclavage. Le 18, les boyards, les en&ns boyards, les notables ou la noblesse, enfin, passent volontairement au service du vainqueur; et les biens du clergé novgorodien, réunis au domaine du prince, serviront à doter ces trois cent mille eofans boyards , vassaux immédiats de sa création , qui doivent incessamment assurer lautocratie de Moscou sur tout le reste.
Dans les années suivantes ce nKmvement conti-