CHAPITRE VI
(i5o5.) Vassiu IWANOWITCH conlinuc le mouvement ascendant du règne de son père : il étend sa puissance sur la Pologne, à laquelle il aiTache Smolensk; sur Kasan i-évoltée qu’il épuise, et sur la république de Pskof , où s’exhale douloureusement le dernier souffle des libertés russes.
Alors (i 555) commence le règne d’Iwan IV . Cette scène hideuse s’ouvre par les saturnales d’mie cour, (ju’ont improvisée les deux précédens autocrates, au sein d’une giossière et brutale ignorance. Ses grands sont des barbares ou parvenus ou déchus. Un giand nombre est du sang de Rurick. Jadis l’empire entier fut le théâtre de leur ambition; son déchirement, sa division en apanages, leur but; la guerre civile, leur moyen : mais aujourd’hui que tout s’est concentré dans le prince, ils n’ont pli^ pour arène que sa com, pour but que le pouvoir précaire du favoritisme, pour moyen que l’intrigue; ils sont sans règles, sans mœuis, conformes à leur situation nouvelle; ils ne connaissent d’autre frein qu’un despotisme de fer, dont la mde et lourde masse vient de tomber aux mains d’une femme galante, mère d’un enfant de trois années.
Hélène est la seconde l’égente des Russes. Depuis
LIVRE IV. — CHAPITRE VI. 191 Olga un tel événement n’avait point eu d’exemple. Les moeurs moscovites eussent voulu que cette veuve de Vassili fût morte au monde ; qu’un couvent et un nom nouveau eussent enseveli son deuil; et les grands s’indignent de voir le sceptre de Rurick au pouvoir de cette veuve, de cette Lithuanienne , et d’un amant qu’elle ose leur imposer pour maître.
Toutefois, le couple impur se soutient pendant quatre ans par le despotisme. Cette arme, si illégitime qu’elle va à toutes les mains qui osent s’eii servir, répond à tout; à l’indignation des trois oncles d’Iwan , par une mort lente dans d’affreux cachots; à leurs partisans, par la torture, la corde et la hache ; à ceux des grands qid émigrent en Lithuanie , en Crimée , et (jui en reviennent avec la guerre, par la guerre et la victoire.
Mais enfin , le crime fait justice du crime , le poison venge les tortures ; la régente meurt subitement, et les grands boyards, la plupart descendans de ces princes du sang jadis apanagés , s’emparent de la tutelle de ce même despotisme , dont leurs aïeux fm’cnt les victimes.
Les Schouïsky paraissent au premier rang parmi ces barbares. Traités depuis long-temps, et de père en fils, en ennemis du Grand-prince et de l’État , leur tour est venu de traiter l’État et son Grandprince en ennemis. Mais le cercle de leur ambition reste rétréci au milieu d’une foule d’autres pi'éten-
lions (|iii les environnent. Ils ne peuvent que dilapider la fortune pnbli(|ue et particulière par leurs «'xactions, et venj>er, sur l’héritier des Grandsprinces, la déchéance de leurs aïeux, par les humiliations dont ils l’abreuvent. *- •
L’empire est une proie qu’ils laissent déchirer aux Tatars, pendant fpi’eux-mêmes l’épuisent par leurs rapines, par leurs discordes, et l’ensanglantent <lé leurs proscriptions , cpi’ils ne daignent même pas couvrir du nom de leur royal pupille; car le jeune Iwan n’est pas plus épargné (pie ses sujets. Son trésor est pillé, son domaine envahi; maîtrés de son palais, ces grands Ixiyards semblent l’y sonlfrir avec peine : ils se plaisent à l’avilir. On a vu Schouisky, dans sa gixissière brutalité, étendre insolemment ses jambes, et souiller du poids indigne de ses pieds le fils de tant de souverains.
Cependant , l’influence des Bclsky et du métropolite , (pi’augmente tout à coup une invasion des Tatars , réveille le patriotisme des nobles , rétablit quehpie ordre , et rend au jeune Iwan un instant de dignité. Mais le danger fini , les Schouisky reparaissent; ils surprennent Moscou au milieu de la nuit, et s’emparent du palais; ils poussent leur biTilale irniption jus(pi’au lit de leur jeune maître, (pi’ils fout passer subitement du calme d’un profond sommeil à toutes les palpitations de la terreur.
Ils arrachent viohanment de ce refuge le métropolite (pi’ils maltraitent, (pi’ils cassent, (pi’ils rem-