‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 107 sur 332 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

H récrimine sur les attentats des boyards pendant sa minorité } .ce souvenir l’olïusque , l’impres-» sion en est ineffaçable j et l’insensé, croyant voir une vaste conspiration des grands sans cesse ourdie contre son pouvoir, se retire au loin dans Alexandrowsky, forteresse entourée d’une sombre forêt , digne repaire de tyrannie. L’imagination du poêle moraliste, dans sa description du despqjfe de Tyr, n’a point approché de cette réalité.

Celui d’Alexandrowshy, dont la peur fait trembler tout son empire, dénonce au clergé et au peuple les crimes des grands pendant sa tutelle , les pix)jets nouveaux (pie son égarement leur suppose contre sa vie et celle de son fils , et .déclare enfin l’abandon (pie son cœur ulcéré fait d’un État rempli de tant de traîtres.

A cette lecture , le peuple , (pi’en même temps l’astucieux despote a gagné par des flatteries, demeure consterné, éperdu; il se croit abandonné : Çui désormais pourra le déjendre? De leur côté, les prêtres, les grands, soit effroi (pie (x; peuple leur inspire, soit esprit de .servilité universelle , s’écrient : Que leur czar a sur eux un droit de vie et de mort imprescriptible, qu’il les punisse donc à son gré i mais que l’État ne peut vwve sans maître ; qiîlwan est leur souverain légitime, celui que Dieu leur a donné , le chef de l’Église. Sans lui , qui conserverait la pureté de la religion ? qui sauverait des millions d’dmes de la

damnation éternelle? Et tous parlent, tous vont lui porter leui’s têtes ; ils en frappent la terre- à ses pieds , espérant le toucher de leurs géniissemens et . le ramciit'i’ pr l<’”rs prières.

Les Liches obtiennent ce malheur. Iwan reparaît dans Mosgon ; mais , à son aspect, tous demeureiit saisis d’étonnement. Leurs historiens peignent leur surprise, l^n mois seul, disent-ils , s’était écoulé depuis l'absence d'Iwan, et ils eurent peine à le reconnaître. Sun corps grand et robuste, sa large poitrine, ses épaules hautes, s’étaient affaissés ; sa tête, qu’ombrageaient dépais cheveux , était devenue chauve ; les restes rares et parsemés d’une barbe qui , naguère, faisait l’ornement de son visage, le i^défigurent. Ses peux sont éteints; et ses traits, empreints d’une férocité dévorante,-' sont déformés.

Les actes de son esprit répondent à ce désoixlrc de son extérieur. Non coulent de se composer un service tlomeslique, une cour et une garde toute nouvelle, il abandonne le palais de ses pères pour se consti uire , dans Moscou même , une autre forteresse ; puis il chasse tous les habitans des rues adjacentes, pour y placer ses satellites. Bientôt, il donnera à ceux-rci les douze mille propriél(;s les plus voisines de sa capitale, en en dépouillant, au milieu de l’hiver, les anciens possesseurs. Iu(|uiet encore après tiuit de précautions, la ciainte de Dieu, jointe à celle des hommes, car le monstre a

ao3

CHAPITRE VIL toutes les peurs, lui fera fuir Moscou, et il retournera dans Alexandrowsky se faire moine aTec trois cents de ses sicaires.

En même temps , il abandonne aux boyards ^ tremblans , l’administration de l’empire ; il les nomme, par dérision , boyards de la commune, ne gardant que la puissance militaire, colle qui frappe. Et pourtant sa pusillanimité, qui s’étend à tout, couvre de honte les drapeaux misses , jusque-là vainqueurs des Tatars et des Turcs. Dans cette troisième partie de son i-ègne , Moscou et plusieurs centaines de milliers de Moscovites, sont encore bi'ûlés par les Tatars;

L’insensé cpii a dit aux Russes : Je suis votre Dieu comme Dieu est le mien; dont le trône, comme celui du Tout-Puissant, est environné d’archanges ailés , et cpii fait marcher des armées de trois cent mille hommes et de deux cents canons contre ses ennemis , tremble aux menaces du khan de Crimée. Une incursion de Sibériens l’effraie ; il ne se rassure cpi’en apprenant fpi’Yermarck, un brigand , et six cents cosacpies ses complices , soldés par un marchand , et fuyant la rigueui’ des lois misses, ont suffi pour soumettre à tes lois ce nouvel empire. '

• Cet Yermarck montra, ISout vivant,, en lui le.rapprochcnicnt qu*on a fait tant de fois dn cori<pi(?rant et du malfaiteur. Cosaque méprisé, détestable chef de brigands, tant que son génie fut restreint dans sa patrie, et conquérant îklmii^l, dS qti’il fut libre

2ih LIVRC IV.

Mais c’est surtout la colère de Battori qui l’épouvaute; il envoie porter à ce prince ses lâches soumissions, ses supplications abjectes j il s’ollre meme, <lans ses ambassadeurs, aux injures et aux coups dont il plairait à ce roi de Pologne de déshonorer la Russie et sou czar.

Cependant , la Suède a enlevé l’Esthonie à ce vil tyran , tandis que Battori lui an-ache la Livonie. Dès i556, ces provinces, près d’étre conquises par l’habileté d’AdaschelF, s’étaient réfugiées , l’une sous le sceptre suédois, l’autre dans les bras de Sigismond-Auguste de Pologne; et Kettler, dernier grand-maître des chevaliers porte-glaives, ne s’était l’éservé que la Courlande et le Sémigale.

C’est alors que Battori' ( i58i) ne daigne i-épondre aux nouvelles supplications du czar, rampant devant lui , qu’en le ti’aitant de faussaire qui altère les articles des traités , de monstre cpii torture ses sujets. Où êtes-vous donc, dieu du pays des Russes, comme vous vous faites appeler par vos malheureux esclaves? Puis il termine cette lettre injurieuse par la proposition d’un combat singidicr ; mais Iwan , dont il vient de chasser les ambassadeurs , ne répond que par de nouvelles génuflexions.

dVtonncr les hommes en accomplissant au-dc-bors et un grand, les mêmes actions qui l’avaient avili , quand il les avait commises au-dedans et en detail .

* ' la correspondance cçs deux |ii'iaccs.

Page 1