ÉDIT. I
a décidé de tout. Ce n’est que vers i6oo qu’on y imagine l’esclavage de la glèbe , quand il cessait dans le reste de l’Europe : complément de malheur par lequel il fallait peut-être passer pour sortir enfin de ce chaos! Mal devenu indispensable, puis- (pi’il n’y avait plus de salut tpie dans la concentration de toutes les tyrannies en une seule! Unique mesui'e qui , dans cet empire du mal , pût mettre le recnitement , l’impôt, enfin tous les moyens de gouvernement, dans la main la plus intéi’essée au maintien de l’ordre et de la paix publifpie. Pendant cette paix s’accroîtront la population , ses moyens de communication , les lumières, les richesses , et tout ce epii amène naturellement , inévitablement , et enfin asseoit solidement la liberté des peuples.
Ce fut l’usurpateur Godounof, alors premier ministre de Fœdor, qui écrasa la Russie de cette dernière chaîne *. Dès-lors, il n’y eut même bientôt plus d’hommes h g:»ges ; le commerce tomba dans la main des esclaves des nobles, et les villes se l'emplii’eut de serfs.
On s’étonne (pie, dans cette patrie de l’esclavage, celui de la glèbe ait été si tard imaginé j mais ce pays ayant été plutôt soumis à une féodalité de princes que de nobles, il dut être de l’intérêt des princes contre les nobles de ne pas les rendre pro-
' y, Tatistchef. — V. la loi de i5g2 ou iSgS; l’édit de t5g7; — Karamsin, Divof, Weydemeyer.
V CHAPITRE II
priëtaires de leurs paysans. D’ailleui's, cette institution ne put pas être transmise par les Grecs , cpii ne la connaissaient point quand les Russes les imitèrent, et encore moins par les nomades quand ceux-ci subjuguèrent la Russie.
Dire (pie tout alors était en désordre , c’est encore donner la raison de bien des choses.
Cependant, (piand l’intérêt particulier et public eut dressé et afFenni un seul trône sur les ruines des princes apanagés , et de la haute noblesse qui ' les remplaça, le prince, (pii avait prise sur les nobles et les villes par leurs propriétés , ne sut où atteindre ce peuple de prolétaires si dispersés ; il lut forcé de rendre chacpie propriétaire responsable des paysans (pi’il employait. Mais ces propriétaires ne purent répondre de gens (jui n’étaient (pie volontairement à leurs gages , ni les représenter quand les besoins de l’État les rerpiéraient : on voit , aü commencement du (piinzièmc siècle , l’administration pateiTidlc d’un prince de Twer, attirer dans ses États la popidation des principautés voisines.
Ainsi , un mouvement continuel dans le peuple empêchait d’asseoir un recnitement et des impositions sur des bases fixes ; avec une telle mobilité , la création, par Iwan 111, de ces trois cent mille enfaiTs boyards petits tenanciei-s, avec charge de iei^vice militaire, et la répartition de l’imjiôt par cFiarrue, auraient été d’un résultat bien indéterminé.
Aussi , lors(pi’après Iwan IV, le Grahd-prinœ se