‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 144 sur 332 · LIVRE VI. — CHAPITRE TI · texte numérisé non relu

LIVRE VI. — CHAPITRE TI

savent occuper ([ue jxir leurs f^rossières passions. C’est alors (pi’iiiie main plus habile, entr’ouvraut les tentes de la horde dorée, nous y eût mieux montré, peut-être, luie brutale- corrupliou , suite naturelle d’un luxe d’empruul, sans racines , mort, danger des sociétés issues de la conquête; luxe exotique, en avantages toujoiii's stérile j çt piulout .si fertile en inœrrvéïiiens.

Là , nous eussions vu la discorde prétendre , comme à l’ordinaire , joaiir ite ce que l’union avait ' conquis; et les Tatars, tels que ces meutes dévorantes, admirables par leur ardeur-à poiursiiivre et à atteindre leur proie , horribles par leur rage à se la disputer ! Fières disoprdes, cepertdant ; discordes , de vainqueurs et de maîtres (nji le fer décidait ; et non pas, coralhie tîhez les princes russes subjugues, disconhïs abjectes, discordes d’esclaves, annéssui», tout de calomnie, toujours prêts à se déuoncôr l’éciprofpiemeut à leurs cruels dominatcun» ; ïe disputant un trône ‘dégradé ,• d’où l’on ne pouvait approcher (ju’avec des ipaàus parricides , spoliatrices, chargées d’or, teintes de sang; où l’on n’osait monter qu’eu rampant, et se tenir «pi’à genoux , prosterné , tremblant sous le glaive d’uli Tatar, toujoura prêt à faire rotder à ses pitxls ces couronlies sei’viles et les têtes (pii les supportaient. '.V

Quels devaient donc être les . esjclavcs de tels e.scJa\es! et', malgré les siècl«s, quellù triste em-

prcintc des chaînes si lourdes , si rudes ,, si longtemps souffertes ont-elles dt\ laisser !

Enün , au milieu d’jme si noire 'et si violente tempête, où toutes les branches de la famille de Rurick , s’entrechoquant , ftirent pvcstpe brisées , on démêle la branche d’abord si flexible, et bientôt si forte, dé Moscou. C’est, d’une part, la perfide cruauté de scs premiers princes' envers leurs pa- ^ rens; de l’autre, leur servilité astucieuse et constante pour les TatarS, qui relèvent le trône rnsSe.

Toutefois , sur ce trône de ruses et de sang , et comme sur une terre fertile et bien préparée , cette branche va croître jusqu’à une hauteur infinie; elle sauvera l’empiré.- Il semble que des hasards de naissance, de géiiic , d* longévité, (jue Dieu même, aient protégé lés successeurs célèbres 'de ces princes perfides; soit (pie, devant la justice dn ciel (xnnme devant celle des hommes, on puis.se hériter innocemment d’un bien mal a(xpiis ; soit rpie le bien doive parfois naître du mal, ‘comme la vie de la corruption ; ou plutcit ,-<pie tout le crime soit dans le criminel qui en emporte la malédiction , et non dans l’œuvre souvent utile qu’il laisse après lui.

Ici recommence une période (le gloii’e; mais, pour l’atteindre, au travers de (pudles ténèbi’es sanglaiites a-t-ril fallu se faire jour ! C’est à Picirele-Grand (jue l'histoire doit la réunion de leurs tristes archives. Quand son génie jeta sur elles un regard (h' lumière , cetté cpiatiiènie période le con-

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