CHAPITRE IV
micres et principales causes d’agi'andissement , comme de fondation , de l’empire russe.
Toutefois, sans le g(^nie des peuples, celui des chefs eût-il pu suffire ? Voici une immense terre et une multitude de nations (pi’un petit peuple guerrier semble avoir soumises tout à coup ; car on peut juger de l’effrayante disproportion des vainqueiu-s aux vaincus , par la composition de l’armée d’Iaroslaf, où les Varcgucs n’entraient tpie pom' un cpiarantième. Tâchons donc de découvrir, dans les moeurs et coutumes des uns et des autres, de nouvelles causes d’un fait si invraisemblable.
Tacite dit que les Rugiens étaient remarcpiables par leur attachement à leurs chefs. Les Sueones, ajoute-t-il , sont soumis à un roi absolu. Les descendans d’Odin régnaient, dit-on, encore en Suede , en 1060, et la religion y fortifiait le despotisme. Lomonosof, d’après Weissel, Ilelmold et Jean de Bohème, dit qu’un des premiers princes russiens demanda le despotisme à ses peuples ; tpi ils le lui accordèrent, et qu’il y joignit le sacerdoce.
Au milieu de détails épouvantables sm- la barbarie des mœuj’s civiles et religieuses des Russes , on remarque ce que Yakout, géogi'aphe du treizième siècle, citant Maccadezzy, voyageur du onzième, et Akhmet, envoyé de Bagdad près les Bulgares, en 922 , disent des gardes des princes russes, et de leui’ dévoùment qui les portait à se sacrifier volontairement sur leims tombeaux. Les Slaves ,
au coulj-aire , étaient très indépendans ; il devait y avoir pins d’ensemble chez les Russes, consé- «pieinment plus de force ; cela seul dut les conduire à de gi’andes conquêtes.
En eflet , l’attachement et la soumission des Russes à la famille de Rurick, est remarcpiable ; il est incontesté que le rè{»ne de ce fondateui’ fut suivi de deux minorités, et tpie le droit seul du sang déféra les deux régences ; que la première échut à 1111 prince ambitieux, la seconde à une femme, et <pie pourtant les deux successeurs de Rurick montèrent paisiblement et sans contestation , sui' ce trône militaire si récemment fondé.
U’aprt'.s Nestor, en q45, le cri de combat des chefs de guerre russes les plus illustres, qui avaient mis à leur tête le petit-fds , encore enfant , de Rurick, était : Mourons pour notre prince! On vient de voir cpi’il avait suffi au régent Oleg, de nommer et de montrer le fils de Rurick, pour faire tomber Askold et Dir à ses pieds, et Kief en sa puissance.
Dans la gueri’e contre les Drewliens, la régente Olga paraît encore toute puissante; c’est une guerre toute de ruse et de perfidie, comme il convient à une femme à (|ui aucune guerre ne convient : de même qu’elle seule a dirigé celle-ci , c’est elle rpii règle le partage de ses fruits. On sait cpie bientôt cette meme Olga s’éloigne de scs États jusqu’à Constantinople et s'y fait chrétienne, sans que son