‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 159 sur 332 · LIVRE Vil. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE Vil. — CHAPITRE II

Ces lumières européennes , jusque-là trop faibles peut-être pour percer de si loin, et au travers d’une nuit si épaisse , croissaient alors , et jetaient chaque jour un plus vif éclat.

Enfin , dans l’intervalle qui sépare les deux dynasties russes , l’Europe elle-même n’était-elle pas venue juscpi’au cœur de la Russie? 11 avait donc fallu s’en défendre , et , pour cela , se retourner entièrement vers l’ouest , y fixer toute son attention ; et puisque la guerre y était un art, s’instruire, se civiliser, afin de lutter à armes égales.

D’autre part , le campement des Turcs dans Constantinople, forçait une partie de la chrétienté d’appeler la Russie à son secours : ainsi, de tpielque façon , hostile ou autre , que l’Europe lui montrât ses lumières , la Russie , désormais forcée de combattre ou de négocier à leur clarté , devait s’en éclairer. L’Asie ne fut donc plus qu’un accessoire dans sa polititpie; et comme elle avait été asiatique sous les Rurick , elle tendait à devenir européenne sous les Romanof.

Toutefois, jusqu’à Pierre-le-Grand , les princes de sa dynastie n’ont vécu que d’emprunts faits à la civilisation , et n’ont pu la rendre indigène ; lenrs eflbrts ont été indécis, inexpérimentés, inhabiles; ils ont été faits sans plan , sans suite ; ils ont avui té devant un orgueil national ignorant, opniiàtre, superstitieux, cpii n’a ployé qu’à regret sous la nécessité d’emprunter à l’Eiuupe, non le germe

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de. scs arts, mais seulement quelcpics uns de leui's résulbUs. Ces timides essais d’industrie et de commerce, froissc's et étouffës, se sont perdus au milieu de ces peuples rudes et gi-ossiers. Dans cette contrée fortement empreinte des mœurs stagnantes de l’Asie , la puissance de l’habitude a combattu victorieusement celle de la nouveauté.

Quekpies corps de cavalerie étrangère venaient , il est vrai , d’être organisés* ; mais ceux-ci vivaient «‘pars et méprisés dans une armée sans solfie , sans uniforme , irrégulière , et ce commencement d’organisation sous Alexis , avait disparu sous son suco.es8eur. C’est pourcpioi les Romanof n’avaient pu cpie conserver les contpiêtes des deux Iwans sur les Tatars. Ce n’était qu’en profitant d’une grande faveur de circonstances cpi’ Alexis venait de triompher des Polonais. Quant aux Suédois , un cfFort infructueux avait dégoûté de les combattre.

Depuis le seizième siècle , l’empire n’avait donc g:>gué que vers la Sibérie ; du reste , le com-s de l’Oural mai’fpiait à peu près sa frontière : Astrakhan d’une paît, Kief de l’autre , et les cosatpies, ((u’une même religion , l’intolérance polonaise, et lenr haine contre les Turcs, venaient de donnera la Russie , étaient ses incertaines et dernières possessions vers le sud; à l’ouest, le Dniéper et la Dwina ; au nord , Pskof , Novgorod , ruinées par le

• ' t çoiiigli; ilevaul Siivoleiisk, dans l’aVmrc russe d’Alexis,

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