LIVRE Vil. — CHAPITRE IV
de cmire que le ciel u’était ptniit fait pour eux , mais seulement pour leurs princes et leurs boyards ; pour ces f>rauds que cependant l’on ftistiiçeait publiquement pour vol, sans les dégrader, sans ci'oire lem- rang avili, ni par la honte du délit, ni par celle du châtiment !
C’était enfin ce même peuple, dont les Iwan avaient tiansplanlé, d’un seul geste, des milliexs de propriétaires du sud au nord, et du nord au sud de leur empire; qui avait souflèrt , sans murmui-er, <|ue, dans les rues même de la capitale, ou lâchât des ours sur lui pour se divertir; dont les grands remei-ciaient le prince, lorsqu’au milieu d’uu festin , il les battait pu les mutilait par forme de passetemps. Pays barbare, où , dans les nombreuses boucheries de piétendus criminels d’état, le Grandprince et ses courtisans devaient eux-mêmes être les bonri-eaux des principaux conjurés; administration si gix)ssière, (jue les fonctions civiles et militaires étaient confondues dans les mêmes manis; corps <le nation si dUlbiane , si malsain , qu’il était à peine en état de repousser un reste de Tatars; etqn’enlin , dans l’état où Pierre trouva sa masse informe, Charles XH l’eùt peut-être conquise , presqu’aussi facilement (ju’elle-même avait conquis la Siliérie , ,et l’Eiu-ope, l’Amérique.
Et cependant , nobles , pi-êti es , peuple , tous Jnstpi’à la première femme et le fils du réformateur, se retiennent à ces grossières mœurs et à ces ténèA
bres ; décidés à répéter obstinément la vie de leur» pères, recommençant sans cesse au lieu de continuer.
Les nobles, mécontens depuis Iwan IV, et depuis la destruction par Fœdor, de Icui-s titres exclusifs aux rangs et places occujîés par lem-s ancêtres , se refusent à obéir; ils abhorrent cette nouvelle discipline que Pierre veut introduire, où il fallait commencer par obt'ir, où tout était à apprendre , où le mérite seul distribuait les rangs.
Les prêtres superstitieux par état , fanatiques par ignorance , p<ar intérêt , par l’orgueil de leur puissance sur l’esprit d’un peuple plus ignorant qu’eux; ces prêtres , dont le trône patriarchal s’élève près du trône depuis l’avénement de la seconde race , maudissent d’avance toute innovation , venant .sm*tout des pays où règne une secte redoutée. Ce sont eux qui ont brûlé la première imprimerie qn’ Alexis avait essayé d’établir. Voilà comme ils i-epoussent tovites les améliorations comme d’abominables sacrilèges, soit fanatisme, soit instinct d’immutabilité, indispensable, en effet, à l’existence de tout pouvoir fondé sur l’erreur et la siipei-stition.
Quant au peuple , l’exemple des deux autres classes et lem- influence sur lui, suffisait pour l’en-, durcir dans ses moeurs barbares , comme pour tous, l’habitude, qui d'oitlinaire est d’autant plus forte , fju’elle |X)i'te sur de mauvai.scs coul urnes.
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