‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 168 sur 332 · CHAPITRE IV. 5i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 5i

apanagé», et des Tatars, dans cette noblesse, en forment une aristocratie de cour, (jui s’honore du titre d’esclave de son monarque. C’est alors qu’elle a prétendu à ces privilèges héréditaires, de faveur et de rang, qu’elle regi'ette tant encore.

Mais Pierre n’ignore pas l'alraissement de ces nobles devant les hauteurs d’Iwan III. Toute place, leur a-t-il dit, doit leur être bonne pour le service. Il ne semble même que trop approuver les exécutions (|u’a faites ce prince de leurs grands Boyards, et les massacres d’Iwan IV. 11 sait qu§ les grands de la Russie ont supporté les folles atrocités de cet infâme t^ran , comme de vils courtisans , comme des esclaves mêmes , sans autre consistance que celle (|u'ils tenaient du pouvoir à qui il avait plu de le.s éleveri^ et à qui il conveuait de , les anéantir.

Dans l’élection du parricide Godounof) au milieu de cette grande armée de vassaux , que la noblesse lui amèue ; dans cette suite d’usurpateui's indigènes ou étrangers, qui tyrannisent impunément en passant sur le trône, le jeune Czar a dù recon-% naître encore plus , toute la flétrissante puissance de la servitude; et pourtant, ces nobles disputent encore de rang entre eux. A la fois maîtres et esclaves, ils sont hautains <;t serviles; mais plu.< serviles encore. Sans cesse , ils ont sacrifié l’État a leurs prétentions insupportables; d’importantes expéditions' ont éç’houé par leur orgueil; souvent

même , la vanité blessée de ces nobles a laissé la patrie sans défenseurs : l’empire en fut troviblé, chancelant, ai tr 'ouvert ! A cette vanité, s’est jointe une envieuse horreur pour les étrangers appelés pour les instruire J elle a perdu l’armée devant Smolensk sous l’aïeul de Pierre-le-Grand ; elle vient encore d’elfacer la trace de ([uelques pas de son père, vers le perfectionnement des Russes.

Mais c’est alors (ju’une scène toute neuve dans l’hisloire a frappé l’enfance du réformateui’. Le Krcmlim en fut, dit-on, le théâtre. Fœdor, l’aîné de ses frères , et son ministre Golitzin y régnaient .

Les grands de l’État venaient d’y être rassemblés , •tous leui's titres réunis, et le patriarche achevant une vive harangue au milieu de ces chefs de la noblesse, tonnait contre, leurs prérogatives. J^l/es sont-, disait-il , comme une source amère de toutes sortes de maux ! elles font aeorter toutes les plus utiles entreprises, comn^ l'ivraie étouffe le bon grain; elles ont apporté , jusque dans le sein des familles, les dissensions , le trouble et la haine; mais le pontife a compris l’auguste dessein de son czar. Dieu seul a pu l'inspirer! A ces mots et d’a- t vance, tousjjes grands s’empressaient aveuglément d’approuver, quand tout à coup Fœdor, (|ue semble transporter cette généreuse unanimité , proclame , * dans l’élan simulé d’un saint enthmxsiasme, 1 al)0^* Ijtion de tous leurs rangs héi’éditaires. Pour en éteindre Jusqu’au Mtuvenir ', ij , 's’écrie-t-i!

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