‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 169 sur 332 · CHAPITRE IV. 3i · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV. 3i

que tous les titres en soient à l’instant consumés ! Et comme le bûcher était prêt, il les fait sur-lechamp jeter dans les flammes , aux yeux consternés de cette noblesse , cpii s’eflbrce de cacher son désespoir sous de lâches applaudissemens.

Ce n’était point de ces priydéges de corps, si utiles comme contre-poids. Ce n’étaient pas même « des privilèges de famille ; c’étaient des'intérêts isolés, des prétentions individuelles, de rang, de commandement , et de préséance, fondés sur l’absurde opinion cpj’une place , jadis donnée par le prince, avait conféré un rang héréditaire. Ridicule et méprisablef- vanité , souvent condamnée au knout e( aux coups de bâton , et cpii s’y était faite.

Telle était cette noblesse informe, dont les temps barbîU’cs vont, grâce à Pierre-le-Gi’and, finir vers le dix-septième siècle.

Au reste , ce n’est point aux autres noblesses de PEiu’ope à reprocher à celle-ci son abaissement pgssé. Les premiers temps de leur domination n’ont pas été moins déplorables cjue ceux de son esclavage. Toutes sont nées de la gueiTC et de la barbarie, et toutes ont porté plus ou moins long- temps, l’empreinte de cette origine; mais toutes aussi eurent leius vertus propres ; celles de la noblesse

russe ont été la valeur, la fidélité; et si elle fut

• obscure quand les auti’es étaient chevaleresques, asservie cpiand élles dominaient, et plus long-temps ^>arbai’e , quehiües mots sur l’existence du peuple

russe jusffu’au dix-huitième siècle, en complettant ce tableau de la situation des différentes classes de la nation devant Picrre-le-Grand, montreront (jue les circonstances , ailleurs toujours assez fortes , avaient été là, impérieuses, absolues, Irrésistibles.

En effet, (ju’importe que le prince, aucpiel scs « peuples doivent la réunion des matériaux de leur histoire , y ait vu les U-rtces de leui- liberté primitive, et celles de leur civilisation naissante dès le onzième siècle ; ce cpii dut frapper le plus ses yeux dans lem-s annales, n’est-cc point cette foule de princes , avec leurs gardes , tous possesseurs des villes , et dès-lors , cette lièvre de gueri’es intestines et étrangères, cpii s’empare de ce malheureux pays. Pendant trois siècles et demi, de iioo à 1460, elle y trouble, y Ijouleverse, et y détruit' tout. Depuis 1234» et pendant plus de deux cents ans , tout vagabond tatar y peut errer comme un maître parmi ses esclaves.

Ces nomades, dans leur impitoj'-able ipvasioy, ont fait surtôut la guerre aux villes. Les- princes les plus braves, leurs gardes, les meilleurs citoyens , ont d’abord péri par le* fer et là. flamme; la patrie meurt en eux. Après eux, l’orgueil national est écrasé ; tout caractère môral avili l’artifice, la ru^, seules ressources de l’opprimé sans espoir , passent dans les moeurs; ce n’est cpi’à* force de. patience, • de souplesse et d’argent ^’tju’on peut acheter des , Tatars,' un instant de sécurité, el la conseivation

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