‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 177 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

11 met donc un impôt sui’ les robes asiatif|ues comme sur les barbes, et oppose ainsi, à l’inllexibilité de l’àge, son avarice.

11 n’en excepte tpie les paysans et les prêtres ; ceux-ci, parce que leur costume était un article de foi ; les paysans, parce qu’il importait peu , et pom’ que le désir de se distinguer de cette dernière classe fût , pour les marchands et les nobles , un motif d’obéissance de plus.

D’ailleurs, la brutale superstition des Russes ajoutait une nécessité de plus à ce changement d’usages. Ils avaient horreur des étrangers comme d’hérétiques. Dans plusieurs occasions, ceux qu’Alexis avait appelés pour les instruire , dénoncés par leurs vêtemens européens, avaient failli être mis en pièces dans Moscou même. On avait été obligé de leur assigner , comme chez les Turcs, ini «piartier à part, d'on ils n'osaient guère sortir, p moins de s’être cachés sous une robe russe. Encore ris<piaient-ils leurs jours sous ce déguisement, les prêtres russes le leur ayant in tei-dit, comme une profanation sacrilège.

Quant aux anciens usages religieux et sociaux , entachés de barbarie, Pieire leur fait violence par le ridicule. 11 multiplie dans son palais Ips fêtes européennes ; puis il s’invite à celles que ses sujets donnent à son imitation , et y laisse des présens qui en compensent les frais.

Jusque-là , les femmes vivaient renfermées , et

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les jeunes gens s’unissaient aux jeunes filles sans les avoir vues. C’était comme en Asie, mais sous un bien autre climat, avec une autre religion, et sans la polygamie, qui rend cet usage moins odieux. Pierre détruit ces coutumes , et par là il met les jeunes gens, et surtout les femmes, de son parti. D’esclaves et recluses qu’elles étaient, il les appelle dans la société des hommes, et fait £iire à la civilisation son plus grand pas , en la confiant au sexe le plus intéressé à ce que la force soit douce.

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