‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 204 sur 332 · LIVRE IX. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IX. — CHAPITRE IV

armes n’a point emporté au-delà , ne l’épugne point à se rapprocher de son ennemi vaincu. Puis, tout aussitôt, profitant de ce premier instant de relâche, ({ue lui douiient les folles intrigues où Goërtx abaisse et plonge son rival, il court en Danemarch, d’où il. passe en Hollande. Là, pendant trois mois^ il étudie la politique de l’Europe et les progrès des arts et des sciences; il retourne chez ses premiers maîtres ponstructeurs. A ses allures franches et simples, si naturelles au génie, cette famille d’artisans ne croit revoir, dans ce glorieux et puissant empereur assis à lem' table avec sa femme , qu’mi ancien compagnon charpentier devenu maître comme eux.

Mais ce n’est point assez. La Hollande ne suffit plus à son génie régénérateur; c’est dans la ville capitale de toutes les gloires, dans le centre de la civilisation, qu’il veut en apprécier tout le déve- ■ loppement. Paris, étonné, le voit et l’admire; dans cette ville, que vient d’élever si haut le grand siècle, Pierre paraît encore un colosse.

'Toujom’s prête à s’enflammer pour toutes les renommées, même étrangères, elle l’entoure d’hom-^'. ’ mages. iVbus, dès scs premiers pas, le czar a repoussé ^ toutes ces pompes vaines ; elles lui cacheraient les ^ choses utiles qu’il veut observer • . Je suis un soldat , répond-il, du pain et de la bière me suf-'

''y. Riichet, Voltaire, Lcclcrc, lÆvpsrjue, Duclos, Stwltlin,

le ynytif’cur, le He'sidenl, etc., et surtout Louville.

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fisent ; fe prêtre aux grands appartemens les petits. Je ne veux point marcher en pompe, ni fatiguer tant de monde. ^

Cependant , cette cour si clairvoyante , si spirituelle et satirique, l’observe. Écoutez ses propres paroles. « Son air est plein de grandeur et d’au- <( dace, comme il convient à un maître absolu; il , « a les yeux grands et vifs, le regard perçant, et -ff parfois farouche. Ses mouvemens, brusqiies et <( précipités , décèlent la violence de ses passions a et l’impétuosité de son caractère ; ses volontés se « succèdent rapidement, impérieusement. Il con- <( gédie d’un mot, d’un geste, sans souffrir de con- « trariétés de temps, de lieux, de circonstances, U dédaignant parfois jusqu’à la bienséance même ; « néanmoins , avec le Régent et le jeune Roi , il a U maintenu son rang , en réglant tous ses mouve- . r< mens sur les détails d’une éticpette soigneuse et « fière.

« Au reste , selon Louville , cette cour a vu en <( lui plus de grandes qualités cpi’il n’en a de mau- K vaises ; ses défauts lui ont paru médiocres et *Ç« superficiels. Elle a remarcpié qu’ordinairement . i<^ sobre , ce n’est que parfois qu’il est intempérant avec excès; cpe, régulier dans sa vie habituelle, « chaque jom’ il se couche à neuf heures , se lève à quatre, et n’est jamais uu instant sans travailler; (f qu’aussi, sait-il beaucoup, et paraît plus habile t( qu’aucun homme de France en inarim' et en tbr-

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CHAPlTftlî IV.

« tiHcatioii. » Puis , avec cette assui’aiîce de contempoiviiii éclairé qui ne craint point d’être démenti par la renommée, elle ajoute : « Prince, du reste, « très vrai, et dont la parole et les traités sont in- « violables; sachant estimer ses ennemis, montrant « une vénération singulière pour Charles XII , pour « Louis XIV , et un grand attachement pour sa « Catherine , quoiqu’il lui soit infidèle. »

Enfin , tout dans un si grand homme lui paraissant digne d’attention, œtte cour a encore obsei-vé, « tpie peu galant avec les femmes , son extérietir (f est peu poli, mais que son intérieur l’est infini- « ment ; qu’il est singulièrement affable en son parce ticulicr, et très haut en public; tpi’il connaît la cc France et ses sujets principaux , comme s’il y Cf avait été élevé ; fpi’avare pom* toutes les choses '< inutiles, if aime les arts, hait le luxe, et s’écrie : cc Çu’il pleure sur la France et sur son petit Roi, Cf qu’il voit près de perdre son royaume par le Cf luxe et les superfluités. »

D’autres , en tpiehpies occasions, restèrent longtemps étonnés de ses excès dans tous les genres de débauche , quoiqu’il ait pris cpielcpie soin de les cacher. Peu accoutumés aux habitudes des hommes du Nord, ses repas, même journaliers, leur ont paru des excès. Mais en même temps, ils remarquent l’obligeance de son accueil, l’à -propos de ses questions, ses paroles flatteuses an maréchal de Vniars, .ses attentions marcpiées pom- beaucoup

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d'odiciers dont il cojinaît toutes les actions mémovahles. Ils disent combien fut noble, franche et aHèctueuse, la simplicité de ses manières avec le jeune roi de France ; sa reconnaissance pour l’urbanité française , qui partout où il se montre multiplie scs portraits et ceux de Catherine, comme par enchantement. Ils admirent comme son regard expérimenté et sa main habile, savent choisir les objets dignes de son attention, et les maîtres qu’il engage encore à venir instruire ses peuples; sa préférence |>oui' les arts et les sciences utiles , qu’il revient examiner, à plusieurs reprises, chez les artistes et les fabricans dont il a discerné le mérite. « Enfin , ajoutent-ils, ses questions aux savans et à « ces artistes donnent partout des preuves de ses « lumières, et fout admirer la sagacité d’mi esprit « étendu , aussi prompt à s’instruire qu’avide d’ap- « prendre. » '

C’est ainsi que, dans sa course rapide au travers de la France , ou l’a vu s’aiTêter , descendre de voiture , et s’écarter dans les champs pour s’entretenir avec de simples laboureurs. Non content de se faire expliquer l’emploi de leui's instrumens aratoires, lui-même en prend le dessin; si les vêtemens de l’un d’eux frappent ses regards , il s’aiTcte encore, le joint, l’interroge, et se retomaiant vers les siens : l^qyez-vous , a-t-il dit, ce bon curé ,

' y • l'onlriicUc, Luuviilc, Duelus, etc. *•

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