‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 209 sur 332 · LIVRE IX. — CHAPITRE V. :i · texte numérisé non relu

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et jusqu’aux rivières , de hâtiinens de toute espèce , exigés des riches de toutes les classes. Il a votilu cpie ses sujets en devinssent les pilotes et les matelots. C’est encore pouixpioi, afin de rendre marin le peuple méditerrané rpi’il a transplanté dans Pétersbourg, il ne jette psis de pont sur la Newa. Il veut tpie les nouveaux habitans de ses rives ne puissent traverser ce fleuve dangereux' que dans des banpies à voiles, et bientôt tous , au ristpie de leur vie, apprendront à les gouverner.

Il n’a point écouté les plaintes de toutes ses autres provinces sur une position si lointaine pour une capitale : distance ruineuse (pii va allonger à l’excès toutes les communication» administratives et judiciaires.

Vainement encore ses boyards lui ont montré ce .sol ingrat et pourri , ce climat sauvage où l’hiver règne huit mois -par an , où le seigle est une culture de luxe, une ruche à miel une curiosité; où la vie est plus chère (pie sur tout le reste du œntinent; et cette Newa, toute de glace pendant (piatre mois , si iiM‘galement profonde , ({ue les vaisseaux de guerre lancés à Pétersbourg ne pe,uvent la descendre (pie sur des chameaux , et qu’il faut des allèges a ceux du commei’ce pour la rémonter; enfin , ce port de trois cents vaisseaux, il est vrai , mais dont la sortie, obstruée par des sables et des l’ochers , est si dangereuse et n’est pos.sjble (pie par de certains vents favorâblès.

Pierre ne tient compte de tant de graves inconvéniens , non plus que de ces eaux trop peu salées , (pii vont con’ompre si promptement ses flottes ; ni de cet i»rbre solitaire où l’expérience avait marqué la hauteur des dernières inondations , et qu’il feit abattre. Prophétisant l’avenir par le passé , ce témoin'importun montrait à tous les yeux , qu’un ouragan de l’ouest de quelques heures , refoulant les flots de la Newa, suffirait pour engloutir cette cité nouvelle, élevée sur pilotis au-dessus d’un marais sans fond.

Eh ! pourcpioi , s’il s’obstine au choix d’ime position si excentrifpie pour une capitale , ne préfèret-il pas ces hauteurs toutes voisines ? Là , pouiroot s’élever, sans danger, les palais , la plupart dès établisseméns publics ; et si telle est la passion imitatrice de lem’ tzar pour cette Hollande sa première institutrice , qu’il lui en faille à tout prix une représentation, qu’il prolonge alors, s’il lui plait, cette ville haute jusqu’au fleuve, par mie ville basse, où il pourra calquer Amsterdam et ses rues commerçantes , que forment des canaux contenus entre un double (piai?

‘Mais devant la gi’ande pensée du tzar, qui embrasse le 'monde, tout doit céder. Ces obstacles ne sont à ses yeux que des difficultés de détail. Les trois plus importantes parties du globe , l’Europe , l’Asie et' l’Amérifpie convergent vers le pôle nord , ou semblent y prendre leiirs racines. La Rus.sie ,

placée au point de réunion de leui’s méridiens, paiticipc de toutes les trois , ou du moins y touche et semble être lem’ origine. Pierre a envisagé ce grand ensemble ; il a conçu la vaste pensée de profiter de celte position géographique, d’en tirer tous les avantages possibles. 11 veut faire de l’empire russe, jusque-là relégué à l’extrémité de l’Europe , et qui en était presque inconnu, celui de tous les États du monde , cpii soit en rapport le plus immédiat et direct avec ses trois parties les plus riches ou les ph is civilisées.

Et qu’on ne dise pas qu’on aime à prêter aux hommes de génie comme aux riches. N’est-ce donc point lui qui, dès le commencement et à la fin de son règne, a tenté par des négociations et des con- «[uétes, de l’approcher la Russie de la Perse, et même de l’Inde et de la Chine? N’cst-ce pas encore lui qui, deux fois, a fait reconnaître le point de contact de la Noi’d-Asie avec l’Amérique? C’est avec des instructions écrites de la main même du gi’and homme, que Behring va tenter ce fameux passage auquel il a donné son nom. Voilà comme, par ses conquêtes sur la terre, les eaux, les hommes, il veut donner à ses États , la jouissance de trois mondes. C'est par les fleuves, les lacs, les mers qui sillonnent, ou cernent son empire, et par des canaux et des caravanes, ipi’il tente d’établir ces gi'andes communications. Et c’est dans les marais lie la Newa , au fond du gdlfe de Finlande , que

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.son j't^ard tl’ai^lo a vu le point de réunion de ce graïuî eusemble , le nœud où tout doit se rattacher. Ce port , sur la Baltique , est le plus rapproché du Volga, de cette grande artère du colosse russe. Là, pourront se réunir les eaux de l’Europe à celles de l’Asie , et avec peu d’elForts peut-être , celles des mers Blanche et Glaciale , et même celles d’Amérique.

Ainsi l<j choix du tzar est réfléchi. Ce n’est point l’emportement d’une première possession tant désirée, ni l’empressement ou la‘|^réeipitation d’uu jeune conquérant h jouii’ de sa conepiête. D’autres pcq'lâ ont été tentés. Revel est l’un d’eux, mais il est trop peu sur; la nature vainement combattue à Rogci’wick par d’immenses travaux, est restée maîtresse. C’est pourt£uoi, àPétersboui’g, tant d’eflbrts, tant de sacrilices, et pouixjuoi il rapporte tout à cette création. Trésors, commerce, noblesse, peuple, ceyl]’^ de gouvernement, il y, attire, appelle, enti'aiue et lixe tout. Sa volonté , loin do s’ailàiblir, s’accroît en marchant. Il se gardei’a bien d’éloigner d uiLsçul pas ses grands établissemens, de ces marais Ictides, Il y faut des palais pour y établir et y conscj-ver des chaumières , des sénateurs, des gi-ands de sa cour et lui-mème , poui’ y fixer des marchands et des matelots. 11 faut là toutes les séductions, toutes les attractions de la puissance, pour change un peuple marin uu peuple méditerrané; poui’ maititeuir au milieu de cette nature i<e|x>ns-

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