CHAPITRE II
suivre , le saisir jusque svu’ l’autel , et lever sur sa tête un poignard, que Dieu seul avait pu détourner. De là cette irritabilité nerveuse si dominante , (pi’une émotion vive devenait souvent en lui une longue et effrayante convulsion. De là peut-être encore cette heureuse passion pour l’ordre et la discipline ; mais aussi cette excessive jalousie de pouvoir ; enfin , cette furem’ soupçonneuse , féroce , acharnée contre toute apparence de révolte.
Mais c’est alors surtout que cette voix des nouvelles mœui's, s’empressant de rappeler tant d’heureux résultats obtenus, montre l’impuissance des •■ègnes tpii précéderont et suivirent : d’où vint la nécessité de finir en une seule vie, et conséquemment de retourner à la fois, et violemment, toute cette masse moscovite d’Orient en Occident.
Elle ajoute, qu’en révolution comme en guerre, laquelle est aussi un état de révolution , tout se fait avec des sueurs et du sang; (pie c’est pourquoi tous ces grands hommes de guerre et de polititpie , n’en ont guère été ménagers , et celui-ci moins qu’eux tous : d’autant plus exigeant pour les autres, qu’il • s’épargnait moins lui-même; d’autant plus excessif, (p’il avait un plus grand et un meilleur but ; n’y ayant, en général, rien d’outré comme les excès dans les bonnes choses.
Enfin , elle s’écrie tpie ces hommes gigantesques, ces colosses , sont toujours taillés en grand et par masses; qu’ils offi'ent de fortes aspérités; la nature
. vt.
4ao LIJRE X. — CHAPITRE II.
pai-aissant y avoii* négligé le fini des détails, qu’elle garde pour des êtres d’une moins grande espèce , destinés à de moindres efforts-, et faits pour des
temps moins orageux.
Mais ici , le cri accusateur interrompt : à la voix des anciennes mœurs se mêle le cri du sang , celui d’un fils expirant sous l’inllexible main d’un père; et toutes les autres voix se taisent; celle même de l’iiistoire perd de son assurance. Il faut là d’autres accens. Et quel homme serait assez téméraire pour trancher cette grande tpiestion, où l’esprit et le cœur demeurent partagés, qui semble séparer la ' terre du ciel , en opposant la politique à la morale ; ces deux puissances dont l’une, toute pure et divine, devrait à jamais commander à l’auti-e?
. C’est donc Pierre-le-Grand lui-même qu’il faut • • écouter , au milieu de tous les grands de la Russie , , ^ que, le 24 juin 1718, il a réunis dans Moscou pour l’entendre. ' ‘ ,