‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 228 sur 332 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Ces grands sont assemblés dans la salle de leurs délibérations. Ils voient, d’un côté, un jeune prince • de vingt-neuf ans, l’héritier du trône, et fils d’une mère répudiée. Ils se rappellent qu’en 1697, cette première femme de leur Tzar, jalouse d’Anne de Mœns, jeune étrangère, a pris en aversion les étrangers et les arts qu’ils apportaient ; qu’elle s’est jetée, comme tous les mécontens d’alors, dans le ^ parti des vieilles mœurs ; qu’ainsi , mêlant les affaires de l’État à celles de son intérieur, elle ' a manqué aux devoirs d’épouse, de sujette, et s’est fait , en 1 6g8 , reléguer dans un cloître.

Pourtant, ces gi’ands ignorent laquelle des deux passions de Pierre, celle d’un amour illicite, ou celle de la civilisation de son empire, eut le plus de part à cette rigueur; mais ils voient que, soit esprit de contradiction, si fréquent dans les enfans, et simtout dans les héritiers des rois, contre leurs pères; soit haine transmise par le sang ou l’intrigue, le mauvais génie de cette mère déchue du trône , a entraîne , vingt ans plus tard, son fils Alexis dans sa chute.

Car c’est lui , cet héritier de l’empire , rpie son père traduit devant eux comme un criminel.. Qui d’eux ne le reconnaîtrait à sa taille haute, à sa voix

forte , à la saleté de ses habillemens , et à l’abrutissement de sa continuelle et dégoûtante ivresse*. Ils l’ont vu sans cesse entouré de prêtres ignorans et débauchés ; c’étaient là ses plus chers confidens : c’est à eux qu’il promettait l’abandon de tous les travaux de son père, l’exil ou la mort de tous ceux qui l’avaient secondé, la destruction de Pétersbourg et de sa marine , et le retour des anciens usages.

De là, sa résistance inerte aux ordres de leur Tzar, et sa désertion de la patrie. Mais enfin, depuis quatre mois qu’il est de retour , il est déshérité du trône, maudit s’il ose en appeler : le sang de tous ses complices a coulé ; il est captif. N’est-cc donc point assez? De quoi son père , leur souverain absolu, vient-il encore l’accuser?

Leur Tzar parle * ; et d’abord , de ce corps grand et robuste, mais déjà voûté ; de cette figure brunie, et dont les traits aquilins , le regard rude , perçant, et l’expression sévère, sont tous les jours plus vigoureusement prononcés , ils croient entendre sortir une indignation longuement concentrée , qui se déborde enfin en imputations , en accusations violentes et accumulées de méchancetés, de parjures, de noirceurs, de pernicieuses intrigues et de pratifpies criminelles.

Leur maître s’explique enfin. Ils comprennent

' V. Brucc.

’ y. le manifeste du procès, Memnircx du /iesiticiU allemand. — I.cvcs»]ue, î.erlerc/ètc , c'ic.

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