CHAPITRE II
üii dit (ju’alors , tous ces sénateurs demem’crcnt saisis d’étonnement de voir les regards furieux de leur redoutable Tzar s’apaiser ; ses traits, déjà gonflés de colère, se détendre; sa bouche, (pi écumait de ■ ■
‘menaces, convenir de son erreur, révocper ses j
ordres ; et sa fierté , si jalouse , loin de punir la <
brutale fianchise de son conseiller, se contenter des regrets qu’il venait de lui témoigner.
Et ce n’est point envers ce seul grand person* nage (jue Pierre a montré tant de modération et d’amour pour la justice; ou peut en appeler, entre autres , à Bassew itz , à Kreitz , à Brevei'n , et même à un iswoschick.
Ce dernier n’était (ju’un loueur de ces chevaux “
dont le Tzar, dans la simplicité de ses moeurs, se servait habituellement comme son peuple; mais un jour, irrité de leur lenteur, il les a pressés outre me- •
sure, et l’un d’eux ayant succombé, leur possesseur en a i-éclamé le prix ; Pi<*rre le refuse ; l’isvv'oschick ose en appeler à la justice ; et son souverain ayant consenti à s’en rapporter à la décision du tribunal , comparaît , se défend , perd sa cause , et se ’ soumet sans murmiu’er h l’arrêt epi l’a condamné.
Kreitz était un amiral ; il venait de perdre , en désobéissant, deux de ces vaisseaux de haut bord • . . '
auxquels le Tzar attachait tant de prix , et <jue peut-être il avait (instruits de ses propres mains!
Aussi, le (conseil de guerre avait-il condamné le coupable à passer par les armes.
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Mais Kreitz en a appelé aux amirautés étrangères , et non seulement Pierre s’est soumis d’avance à leur décision , mais rpiand elles ont approuvé l’arrêt fatal , lui , le nivoque. 11 commue la peine du condamné; hien plus, vingt-quatre heures après, il lui fait encore grâce de cette gi-âce, et donne à cet ollicier, plus malheureux (pic (coupable, l’administration d’une marine dont il ne veut plus lui œnficr les vaisseaux.
Quant à Bassewitz , c’est un ministre de ce jeune duc de Holstein , à la fois neveu de Charles XII et protégé de Pierre , depuis qu’à Pultawa il est devenu son prisonnier. Cet envoyé lui-même a conürmé le récit des œmpagnons du grand homme. On était en lyai ; la paix de Nystadt venait de se conclure; Pierre, pressé par ce ministre étranger, lui avoue que, dans ce traité encore secret, les intérêts du duc avaient été négligés. Pénétre de douleur, le ministre se l’écrie, et Pierre pi-omet de saisir une première occasion de le satisfaire.
Mais Bassewitz, en branlant la tête , a nîpondu ; Je souhaite que cette nouvelle promesse soit plus stable que tant d'autres, sur la foi desquelles mon maître est venu baiser la main qu’on lui tendait : pour moi, je vais mourir de douleur, d avoir eu, à mon dge , la simplicité de croire quil existait des mortels dont la parole ne fût pas fragile , et d avoir amené ici le rejeton des osa, pour y être
le jouet d'une politique étrangère. i