CHAPITRE III
Comment donc allier à ces nobles sentimens, tant de cruauté dans un père , ou la froide férocité d’un prince qu’on \it interrompre ses repas poiu" aller abattre des têtes et revenir ensuite sans émotion, reprendre la joie du festin à peine suspendue? Comment en même temps, dans un cœur si absolu, tant d’équité, tant de satisfaction à la vue des sentimens d’honneur et de vertu qu’il découvre dans quelques uns des siens , même quand ils lui résistent! Est-ce caprice d’un despote fatigué de servilité? Est-ce instinct naturel de justice? ou plutôt, qu’étant né lui-même avec une franclnse mâle et guerrière , il aimait dans les autres la voix libro et fière de la vérité? Serait-ce enfin , que la mesure de sang barbare qu’il fallait sacrifier à la civilisation , avait été comblée par celui de son fils !
Mais , non ; ces divers exemples de modération , d’indulgente pitié, de longs et tendres attachemens, ont précédé aussi-bien tpte suivi ce coup mortel porté à la barbarie. On sait, il est vrai, qu’après cette terrible exécution de l’héritier de l’empire, il fit grâce au prévaricateur Gagarin , en déclarant que désormais, son intention était de corriger ses sujets par la douceur plutôt que par
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la sévérité. Mais on sait aussi c[ue le lendemain , le coupable ayant rétracté ses aveux , et accusé publicpieinent le Tzar de les lui avoir ari-achés par la violence , celui-ci , rentrant par l’indignation dans son caractère , l’a fait pendre aussitôt à une potence de cinquante coudées de haut.
N’est-ce point encore depuis le meurtre de son fils, ([ue, dans une dernière lutte contre les vieilles moeurs , ce tzar a elfrayé la* Russie de la mort ou de la mutilation de tant de fanatiques, qu’avait révoltés la réforme salutaii-e d’une multitude d’abus et de pratiques superstitieuses.
Toute sa vie fiit donc implacable aux ennemis de la civilisation , les siens en conviennent. Mais que fait-on de grand sans grande passion ? Quelle grande passion n’a point réuni des extrêmes, et fixe et persévérante , ne fut pas en même temps toute pleine d’amour et de haine I G’est an ncrni de l’un de ces deux sentimens, que ses admirateurs semblent demander grâce pour l’autre.
Ils nous montrent cet œil si féroce , lorstpi’il dévore de ses regards les ennemis de la civilisation , se remplissant de la plus attentive et douce sollicitude pour le mieux être de ses peuples. S’il crée Un parc dans l’une de ses résidences , dans son étonnement de ce tpi’ou en a défendu l’entrée à ses sujets , il s ecrie : Eh! comment a-t-on pu croire que f eusse dépensé tant d'argent pour moi seul ! Puis , avec cette ingénieuse et constante occupation de tout