CHAPITRE I
Cependant , ce grand homme louche à son terme. Il est temps que nous pt^nétrions plus avant dans sa vie intérieure, si toutefois, pom' cet êti-c colossal, il exista jamais un autre intérieur que celui de son vaste empire. En effet, au contraire de tant de héros modernes, il n’eut |X)int deux différentes vies, l’une privée, l’autre publique; il n’en eut (ju’une. Il fut au-dedans comme audchors, et vécut au grand jour sans daigner rien ' céler, sans craindre même de montrer ses faiblessesj soit orgueil d’autocrate héréditaire , tpii ne daigne ^ point se gêner devant des esclaves ; soit grossière franchise de moeurs , ou bien excès de confiance dans les droits que lui donnaient son génie, et persuasion que tout le bien (pi’il faisait à son empire suflisait pour tout racheter.
Il vécut enfin publiquement, parce qu’il ne croyait vivre que pom* le bien public.
. Et il est vrai que, plus qué tout autre despote, s’il put dire , l’Étui, c’est moi, c’est qu’au lieu de ne voir que lui dans l’État, l’État au contraire, fut tout pour lui. , ^
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Dompte-t-il la nature, ce n’est pas pour se bâtir irénormes palais ; il n’en habite point : c’est pour tlonner h la Russie une ville de gueiTe et de commerce. S’il fait violence aux ëlëmens, son but n’est |3oint de procurer à ses sens une fraîcheur et des eaux factices, mais d’ouvrir aux navires russes, et du nord au sud de son empire , un chemin au travers des vastes et profondes teiTCS moscovites. Ses palais sont des ports , des forteresses , des vaisseaux ; il les a, ou fondés, ou construits de ses mains, ou pris lui-meme sur l’ennemi ; et lui-même les habite, les défend ou les commande.
S’il trace des routes h grands frais, ce ne sont pas celles de parcs somptueux et inutiles, mais celles de son pays, tpie, le premier, il a divisées par werstes, et sur lesquelles il a établi des postes et des hôtelleries.
En même temps qu’il s’est montré magnifique dans les dépenses d’utilité générale , on ne l’a point vu ruiner l’État, en divulguant par un luxe effronté les innombrables erreurs de ses sens , cpie motive , sans les excuser, sa force herculéenne.
Ses manières , ses mœurs, sont rudes il est vrai , mais simples, franches, naturelles, comme celles de tout homme qu’un grand but attire, qui y marche résolument, directement,- et dont toutes les facultés s’élèvent, pour l’atteindre, au-dessus dès petitesses fastueuses de l’orgviçil ou de la vanité. • '
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