‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 280 sur 332 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L’ingratitude suivit dç près ce couronnement, •’ et soit faiblesse naturelle à çc sexe , soit qu’il faille de l’espoir même à la reconnaissance , celle de Catherine, dès qu’elle n’eut rien de plus à attendie de son bienfaitem’, se démentit. *

En effet, jusqu’à ce jour, elle avait eu tout à espérer de la vie du Tzar. Désormais , sa mort seule ’ pouvait l’élever davantage, et l’on dit qu’elle la désii-a : on dit même plus ! Ce qui est certain , c’est • qu’elle trahit alors la foi coujugale.

Au reste, peut-être n’y eut-il dans le crime dè ' cette esclave allemande couronnée , qu’une faci^ lité de mœurs digne de son origine; p<mt-être/ même, comme on l’assure, son chambellan Moëns

etait-il réellement séduisant; mais enfin, soit-.* emportement d’une ambition dont il est prouvé' • . qu’elle n’était pas dépourvue, soit fatigue des vio-^ . • % • lences de son bienfaiteur, sa l’épugnance pour ** Pierre augmentant, elle laissa percer son dégoût. “ •* - Le Tzar s’en aperçut; son humeur s'aigrissait, " son âme avait usé son coi’ps , une souffrance secrète , cmelle , mortelle même , ajoutait à son irritabilité naturelle; et par cette justice intérieure, cfu’on ne manque guère de se rendre, devenant, d’autant plus soupçonneux ipi’il se sentait moins supportable ; il se défia de* l’adultère fet lè üt" épjer.

La coiu’ se trouvait alors à Peterhof; le prince Repnin, président du collège de guerre, couchait non loin duTzar ; il était deux heures après minuit ; tout à coup , la porte de ce maréchal s’ouvre avec . ' violence, des pas brusrpies et précipités le réveillent en sursaut : sui’pris, il regarde : c’était PieiTCle-Grand; il était debout devant son lit; ses yeux étincelaient de fureur, ses tiaits étaient bouleverscs par ime rage convulsive. Repnin a dit • , cju’à ce terrible aspect, saisi d’effroi, il se crut perdu et demeura immobile ; mais son maître, d une voix entrecoupée, haletante, lui a crié : Lève-toi! parlemoi! tu n’as point besoin de t’ habiller , et le maréchal tremblant a obéi.

Alors seulement, il apprend qu’à l’instant même,

• le Tzar, guidé par un rapport trop fidèle , a pénétré subitement chez Catherine ; que le crime est découvert ! l’ingi-atitude avérée ! qu’à la pointe du '•'jour la tête de la Tzarine tombera ! l’empereur y est résolu !

.* - Le mai'échal a depuis assuré que, retrouvant ** peu à peu la voix, il convint de l’horreiu’ d’une . , si grande perfidie; mais qu’il fit remarquer à son maître tpie le crime était ignoré de tous, qu’il fal- ' lait craindre de le rendre public ; qu’alors , s’enhardissant , il avait osé rappeler le massacre des strélitz , • ' que , depuis , chaque année avait été ensanglantée -,*'par des supplices; qu’enfin, après l’cmprisonne- ' ment de sa sœur, la condamnation à mort de son

‘ Leclerc j "C«îfc,’Leves<jUc.

Page 1