‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 86 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de cette république , l’obscurité de quelques mots contradictoires lui réservent le pouvoir de législateur et déjugé supi'ême. Voilà le côté par letpiel il a saisi cette proie, et par oii il va l’attirer à lui peu à peu, poiu- l’engloutir enfin tout entière.

D’abord , il profite de l’étourdissement de ce premier coup , et d’une insulte des Permiens , pour enlever à la grande ville, ces tributaires. Désormais, le commerce de ces peuples avec l’Allemagne, jadis tant convoité par Ivs'an Kalita, enrichira Moscou. Puis , à la nouvelle d’une agi ession des chevaliers livoniens, sous prétexte de secourir la grande ville, ainsi que Pskof, il leur envoie .ses ambassadeurs et ses troupes combattre et traiter en son nom, le remh’e présent partout, et ôtetainsi à ces deux républiques, cpi’épuise son armée, leur di'oit de paix et de guerre.

Eu même temps, il fomente des di.ssensions entre les principaux citoyens de Novgorod et la classe inférieure; et cpiand il a su attirer à lui toutes les plaintes, il vient au milieu d’eux ruiner les riches par les présens et les réceptions maguifiqu«is que sa pi-ésence exige, éblouir le peuple . de la pompe nouvelle de sa cour orientale, et le séduire par la partialité de sa justice.

C’est alors qu’il fait entraîner tout chargés dë chaînes, vers Moscou, les grands de Novgorotl, jadis ses ennemis. Il s’est fait dénoncer ces Boyards par le • peuple : l’aveugle jalousie de ces plébéiens se plaît *

Di..::-

à voir violer dans ces notables, l’anliquo droit de la r(^publi(|nc : « qu’aucun de ses citoyens in; soit «jamais nijue;<^ ni puni hors de son territoire,» Voilà comme , mêlant astucieusement la ruse à la force, la justice à la violence, Iwan sait désunir tous ses adversaires , se faire juge de toutes les causes, et gagner tous les c(eurs de la midtitude, dont les élans le suivent jusque dans Moscou.

C(*rt'publicains semblent ne plus voidoir d’autre justice «jue celle du Grand-prince ; ils envoient leurs plaintes au pied <lc son trône : et lui, saisissant d’autant mieux l’occasion qu’il l’a fait naître, sonniie aussitôt tous ces impiaidensdc coirqiaraitivî devant son tribunal. Novgorod, tpii , jns<jue-là, n’avait été justiciable tpie d'elle seule, étonué:e, entraînée hors d’elle juscpic dans Moscoii, ne sait plus si elle obéit ati prince ou à elle-même. Jamais, siecrient les annalistes, yuwmij, depuis Rurick, un tel i^vêaemenl n était arrivé; jamais les Gvmuls— pnnccs de Kief et de f ladimir n avaient vu de Nbvgowdieris venir les prendre pour juges. Iwan seul a pu réduire Novgorod à ce degré d liumi~ iiation.

Mais l’autocrate avait su rc>êtir toutes ces usurpations de formes séductrices. Dans ses empiéteracus, il semble au-dessus de toute haine individuelle; Marpha elle-même, il ne l’a ]X)int inquic- Cé<;; il n’en veut point aux personnes cpii ne font que passer, dont les cris peuvent éraouvoü’, ou

Page 1