‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 87 sur 332 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

dé(;eler sa marche, mais aux choses, (jiii sont plus durables, qui se taisent, et cpii d’ailleurs renferment ou entraînent les personnes. Faisant sei'vir le bien au mal, il a employé sept ans à attirer ces républicains hors de leurs usages , par sa modération généreuse et l’écpiité de ses jugemcns; puis, quand, par cette marche lente, graduelle et presque insensible, il croit avoir entraîné ces aveugles assez loin de leurs anciennes coutumes, et leur avoir fait perdre de wie letirs libertés antiques, sur chafpie mouvement irréfléchi tpi’il a fait naîtiT, sur chaque imprudence <pi’il a provoquée, il fonde un droit.

Enfin , le nom de souverain que lui donne , dans une audience, l’inadvertance ou la trahison d’un envoyé de la républicpe, lui suflit pour réclamer d elle, a 1 instant, tous les droits de maître absolu , <{ue l’usage d’alors attachait à ce titre. Il exige doue (pi aussitôt la républicpie lui prête sciTncnt comme a son législateur, à son juge; cpi’elle reçoive scs boyards avec toutes leurs vexations arbitraires, leurs envahissemens et leurs ruines; (pi’elle leur cède ce palais révéré d’Iaroslaf, temple saint de leur liberté, leur foi-mn, où, depuis plus de cinq siècles, ont régne Iciu’s assemblées pidjlicpies, et <(u enfin chaque citoyen abdiipie sa souveraineté au profit d’un seul.

A cette soudaine explosion de tyrannie, répond une explosion contraire d’indignation et d’indé-

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pendance. Le voile tombe des yeux de Novgorod; la voix chérie de sa liberté , son vetchvoï-kolokol , jette un dernier son d’alai*me ; elle appelle les citoyens sur ce forum dont on veut les chasser sans retour; Novgorod, soulevée tout entière, s’écrie cpi’/jvan est, à la vérité, son seigneur, mais qu’il ne sera jamais son souverain; que le tribunal de ses lieutenans doit siéger à Goroditch, mais jamais à Novgorod ; que Novgorod est et sera toujours à elle-même son propre juge. Puis, ces infortunés dans leurs transports, achèvent de s’aliéner leurs nobles , par le massacre de plusieui’s d’entre eux, qu’ils croient complices de la tyrannie. Leur imprudent envoyé , qu’ils désavouent si hautement, ils le font comparaître, ils le jugent, ils le condamnent à gi-ands cris, le déchirent en mille pièces, et se donnent une seconde fois à la Lithuanie, dont ils appellent le prince à leur secours.

Au bruit bien prévu d’une révolte si légitime, l’astucieux despote feint un douloureux étonnement; il gémit; à l’entendre, c’est lui, ce sycophante, qu’on a perfidement abusé. Il accuse les envahis d’avoir tendu uu piège à l’envahisseur; « ce U sont eux qui l’ont voulu pour souverain ; et ff quand, cédant à leurs vœux, il en a pris le titre, « ils le désavouent; ils ont l’impudence de lui don- « ner un démenti formel aux yeux de la Russie (Çentièi’e; ils osent verser le sang de leurs compa-

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