‹ Histoire de Russie et de PierreleGrand, par m. le général comte de Ségur, auteur de l'Histoire de Napoléon et de La Grande Armée, pendant l'année 1812Chapitre 88 sur 332 · CHAPITRE II. «6'J · texte numérisé non relu

CHAPITRE II. «6'J

n triotes restés fidèles, et trahir enfin le ciel et la U terre sainte des Russes, en y appelant une relire gion et une domination étrangères. »

Le machiavélique tyran adresse ces hypocrites plaintes à ses prêtres, h ses nobles, à ses peuples, à toutes les forces de ce ciel et de cette terre qu’il arme contre ces infortunés. Pskof et Twer paraissent avoir seuls hésité; mais il entraîne ou attire à lui, sous la forme d’un contingent, tous leurs moyens de guerre ; car il n’entreprend jamais qu’une chose à la fois, et amis comme ennemis, il sait tout i-éunir contre un seul.

Novgorod, environnée de tant d’ennemis, s’effraie; elle offre des conditions. Je veux régner à Novgorod comme à Moscou, s’écrie enfin le despote , il me faut des domaines sur votre territoire j vous devez renoncer a votre P osadnick , a la cloche qui vous appelait au conseil national. Et toujours fallacieux, il promet en même temps de respecter une liberté à laquelle il ôte le pouvoir de se défendre.

A cette terrible déclaration , ces infortunés s’a- ^ gitent dans leur grande cité , devenue leur prison ; ils passent tour à tour de l’excès de la rage à celui de la terreur. Plusieurs fois on les vit s élancer furieux sur leurs armes , et plusieiu's fois retomber dans le découragement de l’impuissance.

Cependant , le machiavélique autocrate les observe. Pendant un mois entier, et quoique le glaive

à la inaiu , il demeure immobile , car il ne s’amuse point à la gloire. Sa force patiente, sait attendre; il n’a réuni tant de moyens de guerre que poirr éviter la gtierre, et toute cette innombrable armée de combattans que pour m; pas combattre. C’est par la consternation qu’il veut vaincre; et, ressemint peu à peu le cercle de fer et de feu dont il a environné la républifpie, il l’oppresse, l’opprime, il la terrifie de sa formidable pi’ésence. Son bras tout puissant, depuis si long-temps levé, ne se fatigue point; il ne s’appesantit que gi-aduellement sur c-es malheureux; et sans avoir frappé, par l’infaillible clfet de cette compression lente et inévitable, il force enfin a la résignation h^ur désespoir.

Cette marche, si mesurée dans la lutte, se retrouve encore dans la victoire; le sang n’en a point taché le triste souvenir. Marpha et sept notables novgorodiens sont seuls emmenés captifs dans Mo.scou , et leurs biens confis<jués ; mais , le 1 5 janvier 1 478, les assemblées nationales cessent , les citoyens prêtent serment d’esclavage. Le 18, les boyards, les enfans boyards, les notables ou la noblesse, (“nfin , passent volontairement au service du vaincfueur; et les biens du clergé novgorodien, réunis au domaine du prince , sei-viront à doter ces trois cent mille enfans boyards, vassaux immédiats de sa création , qui doivent incessamment assurer l’autoeratie de Moscou sur tout le reste.

Dans les années suivantes ce mouvement conti-

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