‹ Histoire de S. Ignace de Loyola, d'apr`es les documents originauxChapitre 4 sur 172 · AVANT-PROPOS. V · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. V

Dévoué de cœur aux intérêts de l'Eglise et engagé par un vœu spécial à obéir en tout au Souverain-Pontife, il ne craint pas d'affirmer son indépendance et de revendiquer ses droits, dès qu'on veut dépouiller son œuvre du titre de Coiiipag)iic lic Ji'.si's. Il honore les grands et rend volontiers hointnagc aux princes, pour faire servir au bien leur influence et leur fortune. Mais, s'agit-il de conserver la règle et l'esprit de son Institut, il n'hésite pas à rendre à la liberté le jeune duc de Bragance, dont la piété outrée lui paraissait peu faite pour sa Compagnie, tenant ainsi la porte de la Société plus grandement ouverte pour en laisser sortir que pour y faire entrer. Cependant la droiture de cette administration, la rigueur apparente de ce gouvernement sans faiblesse, étaient réellement tempérées par une suavité toute sainte, par une condescendance paternelle que le P. Ribadeneira, témoin oculaire, a mises sans doute plus en relief, mais que Bartoli ne néglige pas de faire ressortir en deux chapitres de son histoire.

Une humilité profonde et le désir sincère d'occuper la dernière place dans ce beau et durable édifice qu'il avait conçu et élevé, caractérisent particulièrement l'esprit de saint Ignace. Dans le livre de ses Exercices, il donne l'humilité comme le principe et l'âme de toute véritable perfection, et il en réalise lui-même le troisième degré, dans sa conduite. Rien, si ce n'est sa passion pour la gloire de Dieu, n'égale son ardent désir d'être inconnu, de cacher les trésors dont Dieu comble son âme, de disparaître ou d'être méprisé. Par deux fois, il refuse d'accepter le gouvernement de la Compagnie. II ne se soumet qu'après une seconde élection, et sur la menace que plusieurs de ses compagnons lui font de se retirer, s'il s'obstine à refuser le titre et les fonctions de général du nouvel ordre. Plus tard, il s'adresse aux principaux membres de la Compagnie, réunis à Rome, pour en obtenir de déposer sa charge.

Mais ce qu'il accepte sans hésiter, ce qu'il ambitionne même, ce sont les persécutions, les calomnies et les mépris, qui l'assaillent sans cesse, sans qu'il les ait mérités.

La croix est la compagne obligée de qui veut suivre JÉSU.S, Ignace considère la persécution comme la meilleure part de cette croix ; il l'a demandée à Dieu pour lui et pour les siens, comme un bien de famille, et comme un privilège attaché à sa fondation. Sa prière, — l'histoire en fait foi, — a été largement exaucée, car depuis que son Fondateur n'est plus sur la terre, la Compagnie n'a cessé, sur un point ou sur un autre, d'entendre gronder l'orage sur sa tête ; ajoutons que sous tous les cieux. elle a toujours porté avec joie, l'honneur de souffrir pour le nom de Ji^sus.

Puisse cette Compagnie rester fidèle à ses nobles et surnaturelles destinées ! Elles assurent sa force sur la terre ; elles feront sa gloire en une meilleure vie. Puisse ce travail, entrepris pour la gloire de Dieu,

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