‹ Histoire de S. Ignace de Loyola, d'apr`es les documents originauxChapitre 5 sur 172 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

T 'ENTREPRENDS d'écrire l'histoire de la Compagnie de I Jésus, et je viens ainsi satisfaire à l'obligation qui s'impose •^' à moi de rappeler ce qu'elle a fait pour le monde. Si, de la part de quelques Ordres religieux, uniquement voués au service de Dieu et à leur sanctification, le récit des événements qui les concernent est une offrande de pure libéralité faite au public, on n'en saurait dire autant d'un Institut dont la fin immédiate, dont le but propre et direct, est l'utilité du prochain. Ici, ce n'est plus un don qu'on présente, c'est une dette sacrée qu'on acquitte.

Si l'on considère la Compagnie de Jésus à ses origines, on pourra même dire qu'elle a un devoir particulier à remplir. Le monde entier n'a-t-il pas concouru à la former, à l'accroître, à alimenter son activité ? L'Espagne lui a donné un Père dans saint Ignace ; la France, une Mère dans l'Université de Paris ; à l'Italie, elle doit le pontife Paul III, dont elle tient son existence comme Ordre religieux ; elle a reçu du Portugal le titre à^ Apostolique, et les premiers moyens de s'étendre ; elle était à peine adulte, que l'Allemagne se hâtait de la mettre aux prises avec les hérésies de ces malheureux temps; les Indes orientales, les royaumes d'Afrique, les deux Amériques, en l'accueillant, du vivant même de saint Ignace, lui ont ouvert ces vastes champs qu'elle devait ensuite cultiver par ses travaux, et arroser de ses sueurs et de son sang.

Ainsi donc, outre l'obligation que lui impose son but spécial de travailler au bien des âmes, la Société a de plus le devoir d'exposer sa conduite, afin que le public puisse juger, si elle a rempli ses engagements.

Cet ouvrage ne sera pourtant pas une simple histoire ; il sera encore une apologie de la Compagnie. Soit parmi les sectaires, soit même parmi les catholiques, il se rencontre un grand nombre d'hommes qui, par leurs discours ou leurs écrits, s'efforcent d'attirer sur elle la haine et le mépris du monde. Ils la représentent comme perturbatrice, dangereuse, dégénérée, ambitieuse et dominatrice.

Si, comme on le proposait autrefois à saint Jérôme, et comme

VllI PRÉFACE.

on le propose encore de nos jours aux savants Ordres de Saint- Dominique et de Saint-François, la Compagnie avait échangé les divers ministères publics, auxquels elle se consacre pour le service du prochain, contre l'humble occupation de tresser des corbeilles et des nattes, ou de cultiver un jardin ; si elle avait renfermé la sphère de son activité dans les murs d'une cellule, sans en jamais sortir, ni pour voir, ni pour être vue ; si, morte aux vivants, suivant l'expression de saint Grégoire de Nazianze, elle n'eût vécu que pour elle-même, le monde dédaigneux aurait éparo'né et sa réputation et ses œuvres. Toute défense alors serait oiseuse ; un appel à la raison et à la vérité deviendrait inutile. Mais ce n'est pas là ce que Dieu demande de nous. Dans des temps si calamiteux pour l'Église, quand de nouveaux auxiliaires lui sont si nécessaires, la Providence divine n'a pas suscité un nouvel Ordre religieux pour se livrer au repos, mais pour se dévouer sans réserve au bien général. Dieu a voulu opposer une digue à l'ignorance des infidèles, à la perversité des hérétiques, à la corruption des catholiques : il était donc impossible que, destinée à la lutte, cette nouvelle Société ne rencontrât point d'antagonistes ; et quand, par la bénédiction d'en-haut, elle retirait des mains de l'ennemi les âmes captives, ces mains devaient inévitablement s'armer contre elle et la provoquer au combat.

Je ne me suis donc point trompé en appelant apologie ce qui n'est, en réalité, qu'une simple histoire ; et si, pour détruire les sophismes de Zenon, qui niait le mouvement, Diogène se contenta de marcher ; de même aussi, pour convaincre ceux qui refusent obstinément de reconnaître, dans un Ordre religieux, l'esprit et les œuvres qui le distinguent, les dissertations et les raisonnements sont moins utiles que le récit authentique des faits indiscutables.

Ce fut l'innocent, mais décisif moyen de défense qu'employa, dès la naissance de la Compagnie, son fondateur et son père saint Ignace. Pour répondre à une censure révoquée plus tard, et que, faute de connaître l'esprit et les œuvres de cette nouvelle Compagnie, la Sorbonne avait prononcée contre elle, il préféra aux arguments les plus péremptoires, le faisceau des témoignages que lui envoyèrent les principales villes de l'Europe.

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