PRÉFACE. IX
Jugeant d'après les faits qu'elles avaient sous les yeux, ces cités déclarèrent la Compagnie utile, sage et régulière. Ignace répondait ainsi aux hommes habiles, mais mal informés, qui l'avaient accusée d'être irrégulière et dangereuse.
J'espère encore qu'il ne sera, ni peu consolant, ni peu utile pour tous les membres de la Société elle-même, d'exposer sous leurs yeux, et dans un tableau général, la vie, les travaux et la gloire de leurs aînés. Puissent-ils ainsi apprendre à apprécier la valeur, à honorer la mémoire, à imiter les nobles exemples de nos illustres devanciers ! Quelqu'un de nous se reconnaît-il encore loin de la perfection qu'exige sa vocation, qu'il entre dans l'humble sentiment du P. Jacques d'Eguia, homme d'une éminente vertu et confesseur de saint Ignace. Ce vénérable religiveux se consolait en pensant que si. parmi un nombre de pièces d'or d'un titre légal, il s'en rencontre une d'un poids inférieur, elle n'est pas remarquée et passe pour bonne avec les autres. D'ailleurs, n'avons-nous pas, pour nous animer à l'imitation des plus parfaits, l'exemple de ceux qui, parle nombre et la variété de leurs vertus, nous aideront à devenir des copies vivantes de ces grands modèles ? Qui donc alors oserait nous appliquer ces paroles de Philon : <{ Plus la race humaine « s'éloigne d'Adam, et moins elle apporte en naissant cette « vigueur primitive d'une nature parfaite, qui était dans notre « premier père au degré le plus éminent? Ainsi, continue-t-il, « les anneaux d'une chaîne de fer, suspendus à un aimant, parti- « cipent d'autant moins à sa vertu qu'ils en sont plus éloignés. » Pour nous, au contraire, l'éloignement nous sera utile, parce que l'esprit du fondateur de notre Institut arrivera à ceux qui lui succéderont, appuyé de nombreux et dignes exemples. Un fleuve, en s'éloignant de sa source, s'accroît des nouvelles eaux qui, le long de son cours, viennent se précipiter dans son sein.
Le saint apôtre François Xavier ne demandait rien avec plus d'instances que de recevoir des nouvelles détaillées des frères qu'il avait laissés en Europe, et de tous ceux qui chaque jour venaient se joindre à eux. Il écrivait aux Pères de Rome : «' Je « vous prie et vous conjure, au nom de Dieu, mes chers frères, « de me parler de tous les nôtres et de chacun en particulier ; i car, n'ayant pas l'espoir de les revoir en cette vie /ace à face.