‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 10 sur 320 · XII LES ÉCOLES PRIMAIRES · texte numérisé non relu

XII LES ÉCOLES PRIMAIRES

classes où les évoques eux-mêmes ne dédaignent pas d'enseigner. Ces écoles épiscopales avaient sans doute pour fin principale l'éducation des jeunes clercs destinés à l'Eglise; cependant elles furent assez largement ouvertes pour que les laïques eux-mêmes pussent en bénéficier. L'évêque , trop absorbé par les devoirs de sa charge, dut bientôt commettre un de ses prêtres pour le remplacer près des jeunes clercs. El tomme il s'agissait de former les enfants au chant sacré en même temps qu'aux lettres, ce fut au chantre qu'on donna le soin de 1 école. Lorsque les écoles se multiplièrent , le chantre ou écolâtre garda toujours la suprême autorité sur tous les maîtres qui enseignaient dans la ville épiscopale. La formation du clergé étant le but de ces écoles, l'enseignement qu'on y donnait n'était pas tout élémentaire; les saintes Écritures et la théologie y tenaient la plus large place.

À mesure que le christianisme se répandit , les écoles épiscopales ne suffirent plus au recrutement des clercs. Chaque prêtre dut créer dans son presbytère une école. Le concile de Vaisori, tenu en 529, en rappelle l'obligation : « Nous souhaitons, dit-il, que tous les prêtres de paroisse, se conformant à la coutume reçue en Italie , prennent chez eux de jeunes lecteurs, pour leur apprendre la psalmodie, la science sacrée et la loi du Seigneur 1 . » Mais ces écoles paroissiales, quoique destinées spécialement au clergé, n'étaient point fermées aux laïques. Au contraire, Théodulphe, évêque d'Orléans, ordonne à tous ses prêtres, vers la fin du VIIIe siècle, de recevoir gratuitement tous les enfants que les fidèles enverraient à leurs écoles2.

En même temps, les écoles monastiques multipliaient sur le territoire français les centres d'instruction. Les premiers moines se livraient principalement à la psalmodie et aux travaux manuels. Au vic siècle, la vie intellectuelle prend dans les monastères une place plus importante. La Règle du maître, composée au vu* siècle, ordonne de créer dans chaque monastère une école, où l'abbé ou l'un de ses moines devait instruire les entants durant trois heures. On n'y reçut

1 Cité dans Pompéi . Rapport..,, p. 3. — 2 Cité dans Pompée, p. 6.

d'abord que les aspirants à la vie monastique1; mais bientôt les jeunes séculiers y furent aussi reçus. Pour éviter les relations extérieures et ne pas introduire la dissipation dans la communauté, il fallut créer deux sortes d'écoles dans les monastères : l'une, au dedans, pour les oblats offerts de bonne heure par leurs parents et pour les jeunes novices; l'autre, extérieure, pour les enfants du bourg ou du village2. Depuis le concile d'Aix-la-Chapelle, en 817, les moines se firent partout un devoir d'être instituteurs. Le biographe de saint Guillaume, abbé de Fécamp au xie siècle, remarque qu'il « institua dans tous les monastères dont il était chargé des écoles sacrées, où, pour l'amour de Dieu, des Frères instruits et propres à l'enseignement distribuaient gratuitement le bienfait de l'instruction à ceux qui se présentaient, sans exclusion de personne. Serfs et libres, pauvres et riches, avaient une part égale à cet enseignement charitable. Plusieurs recevaient de ce monastère, en même temps que l'instruction, la nourriture qu'ils n'auraient pas eu le moyen de se procurer 3 » . "

Charlemagne , non content de recommander le développement de l'instruction aux évêques et aux abbés, ouvrit des écoles dans so#l propre palais. Mais ces écoles, où les maîtres les plus éminents de l'époque furent appelés , se rapportent moins directement à l'enseignement primaire.

Telles sont les écoles où , du Ve au xiïe siècle , les clercs et les moines donnent l'instruction à tous ceux qui la désirent. Cette œuvre des écoles reçut toujours, de l'Eglise d'abord, puis de l'Etat lui-même , les plus vifs encouragements.

L'Eglise, amie de la lumière, marche « la première dans la carrière de la civilisation '" » . Grâce au zèle de ses évêques

1 « Ut schola in monasterio non haboatur, nisi eoruni qui oblati sunt. S. Baluzius, an. 817.) — 2 Cf. Ali.ain, p. 22, et Pompée, p. 7. — 3 Cité dans Beauuepaire, t. I, p. 15. — » '' Guizot.

Page 1