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XIV LES ÉCOLES PRIMAIRES

et de ses clercs, elle sauva les lettres de la ruine et les peuples de l'ignorance. En 1179, le troisième concile de Latran ordonne qu'il y ait dans chaque église cathédrale un précepteur, muni d'un bénéfice, qui instruise les ecclésiastiques et tous les écoliers pauvres qui se présenteront1. « L'Eglise de Dieu est obligée, comme une bonne mère, dit le concile, de pourvoir aux besoins des indigents, qu'il s'agisse des nécessités corporelles ou des biens de l'âme... Personne n'exigera rien , ni pour la permission d'enseigner ni pour l'exercice de l'enseignement2. » En 1215, le quatrième concile de Latran renouvelait le même décret. Il sembla, au xvic et au xvii0 siècle, que le zèle des écoles prenait dans l'Église un nouvel accroissement. Pour conjurer le péril protestant ou réparer les ruines que la Réforme avait accumulées . les conciles ne cessent d'élever la voix en faveur de l'enseignement populaire. Ainsi le concile de Trente ordonne, en 1547, que chaque curé entretienne, auprès de son église, au moins un maître choisi par l'évêque, de l'avis du Chapitre, pour enseigner gratuitement , aux clercs et aux écoliers pauvres, la lecture, l'écriture, le chant et le comput3. Dans sa sollicitude, l'Eglise n'oublie pas l'éducation des filles; en 1584, le concile de Bourges décrète que, dans chaque paroisse , elle serait confiée à des veuves ou à des femmes capables de former les enfants à la lecture et à la vie chrétienne 4.

Jusqu'à la fin du xvne siècle, l'Etat reconnut et respecta les droits de l'Eglise sur les écoles. S'il ne fit point de l'enseignement une fonction publique rétribuée par lui , il ne cessa pourtant de l'encourager et d'en promouvoir le développement. Dès le ixe siècle, Charlemagne et Louis le Débonnaire stimulent le zèle des évêques et des clercs. Au xvie siècle, les états généraux s'occupent activement de l'instruction populaire. En 1560, les états d'Orléans émettent le vœu que le clergé prélève sur ses bénéfices a une contribution pour stipendier pédagogues et gens lettrés, pour l'instruction de

1 Ai.i. ain, p. 218. Pompée, Introduction. — - Cf. Allain, p. 218. — 3 Dictionnaire de pédagogie, Ecoles jiaroissiales, article de Mapyiolo. — ' Cf. Ali. ain. |). -lll.

la pauvre jeunesse du plat pays en la religion catholique , autres sciences nécessaires et bonnes mœurs i » . Les députés de 1583 demandèrent que, « dans tous les bourgs et même les villages, les évêques instituassent un maître précepteur d'école pour instruire la jeunesse2. » Aux états de 1614, le clergé « prescrivait à tous les évêques l'établissement, dans les gros bourgs et les petites villes, d'écoles dont les maîtres fussent catholiques et de bonne vie3 ».

Sans disputer aux évêques le droit qu'ils exerçaient sur les écoles, l'Etat civil tendait néanmoins à s'immiscer dans leur administration. En 1551 , le canon 56 du concile de Narbonne reconnaît aux consuls le droit de présenter aux évêques les sujets qu'ils jugent aptes à tenir les écoles4. En 1560, un édit de Charles IX détermine que les maîtres seront choisis par l'évêque, mais après qu'il aura appelé les chanoines, le maire et les échevins de la ville. En 1571, un arrêt du parlement de Toulouse règle que , dans l'élection des maîtres , l'évêque aura une voix , le chapitre une voix , et l'autorité civile une voix 3. La majorité appartient toujours à l'autorité ecclésiastique. En général, l'Etat intervient, non pour amoindrir les droits de l'Eglise sur les écoles , mais pour en assurer l'exercice en cas de conflit, et pour autoriser les donations faites en faveur des écoles0.

Sous l'impulsion donnée à la fois par l'Eglise et par l'État, les écoles ne pouvaient manquer de se multiplier. Guibert de Nogent écrivait, en 1110, dans son Histoire des premières croisades-* : « De tous côtés on se livre avec fureur à l'étude de la grammaire , et le nombre toujours croissant des écoles en rend l'accès facile aux hommes les plus gros-

1 Cité dans Allaix, p. 203. — 2 Ibid., p. 206. — 3 Ibicl., p. 207. - 4 Pompée, Introduction. — s Pompée, ibid. — 6 Allain, p. 204. — 7 Allain, article des Questions controversées, 1880, p. 186.

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