‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 100 sur 320 · DISGRACE DE M. DE LA SALLE · texte numérisé non relu

DISGRACE DE M. DE LA SALLE

l'inaction dans laquelle on les entretenait les rendait paresseux , et que les exercices qu'on leur faisait observer n'étaient nullement propres à les rendre laborieux pour la suite ; qu'on s'apercevrait trop lard du tort qu'on avait eu de les confier à ces Frères nouveaux venus ; et on eut soin surtout d'accompagner toutes ces raisons d'un air de vraisemblance qui en imposait ' . »

Habilement exploitées, ces calomnies se répandirent dans la paroisse et dans la Communauté. Bientôt les oreilles de M. de la Barmondière ne furent plus remplies que des plaintes formulées contre M. de la Salle. Parvint-on à lui inspirer une vraie défiance envers M. de la Salle, ou bien éprouva-t-il simplement cette impression de lassitude, si ordinaire aux supérieurs à l'égard des gens qui leur attirent des affaires, nous ne saurions le dire. Toujours est -il qu'il résolut de renvoyer M. de la Salle et les Frères, et de remettre ses écoles sur le pied où elles étaient auparavant-.

M. de la Salle n'ignorait point la conspiration tramée contre lui. Au milieu des accusations qui fondaient sur lui , il se taisait et faisait son devoir ; son entreprise était l'œuvre de Dieu, il appartenait à Dieu de la soutenir. Dieu la soutint, en effet, et la sauva.

M. de la Barmondière, très refroidi à l'égard des Frères, ne les voyait plus. Il pria M. Baudrand, alors directeur de conscience de M. de la Salle3, de lui dire qu'il fallait profiter du temps des vacances pour se retirer. Sans élever aucune plainte, l'innocent persécuté fit ses préparatifs de départ, et, conduit par M. Baudrand, il se rendit près de M. de la Barmondière pour prendre congé.

Fn face du Saint, M. de la Barmondière se troubla. Il

1 .Maiu.efeh, p. 93. — - Ibid., p. 94. — ;i Bi.ain. p. 293. En prenanl M. Baudrand pour directeur, M. de la Salle ne cessa point de voir M.Tronson, qui résidait le [tins souvent à Issv, cl il recourut souvent à ses conseils, connue nous le verrons plus loin.

estimait cel homme ; il reconnaissait en lui un instituteur émérite, il voyait sur son front le tranquille rayonnement d'une conscience pure : allait- il le sacrifier à des accusations qui n'étaient peut-être que d'odieux commérages? Reprenant possession de lui-même, il entretint quelques instants M. Baudrand de cette affaire ; puis, comme tout transformé, il dit à M. de la Salle d'attendre qu'il eût plus mûrement réfléchi. « Il y pensera bien encore trois ans avant de rien changer, ajouta M. Baudrand au sortir de l'entrevue ; ainsi demeurez en repos1. » M. de la Salle demeura, en effet, l'âme paisible parmi tanl d'incertitudes. N'ayant que la Providence pour appui, il se remit au travail avec autant d'ardeur que s'il eût été sûr de l'avenir.

Pour lui disputer cet avenir, l'intrigue se livra à de nouvelles agitations. M. Compagnon se donna beaucoup de mal pour prendre en défaut les nouveaux instituteurs dont il souhaitait le départ. Les moindres imperfections, relevées avec art, donnaient lieu tantôt à des insinualions malveillantes, tantôt à des accusations positives. M. de la Barmondière voulut en finir avec une situation si tendue. 11 chargea M. Jacques de Forbin-Janson, promu depuis à l'archevêché d'Arles, de faire une enquête en vue de découvrir la cause cachée de ces fâcheux démêlés2. Le vertueux abbé de Forbin-Janson prit l' affaire au sérieux et fit de fréquentes visites à la rue Princesse. Dés l'abord, il fut frappé de l'ordre qui régnait dans la maison; les entants, bien disciplinés, étaient constamment occupés; leurs progrès dans l'élude étaient sensibles; les Frères, de leur côté, silencieux, modestes et recueillis, étaient toujours à leur devoir. Il interrogea les Frères, se rendit compte de leurs méthodes. Il n'en

1 lii.wN. p. 293. - -' Jacques de Forbin-Janson était prêtre de la munauté de Saint-Sulpice. Aussi humble de cœur qu'il avait l'esprit ingué, il ne céda qu'à la violence, lorsqu'il fut promu à l'archevêché d'Arles en 17! !. Lucabd, Annales, p. 61.

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