‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 99 sur 320 · SUCCES ET CONTRADICTIONS · texte numérisé non relu

SUCCES ET CONTRADICTIONS

comme dans la communauté de la rue Neuve1. A de si fidèles serviteurs Dieu donna sa bénédiction.

En peu de temps, la population scolaire s'accrut notablement, tant les parents avaient à cœur de mettre leurs fils sous la main de ces vertueux maîtres. Les Frères ne pouvaient plus suffire à la tâche ; celui qui passait pour le plus robuste se trouva bientôt épuisé et incapable de travailler. L'humble fondateur n'hésita point à prendre sa place ; échangeant la soutane et le manteau ecclésiastiques pour la robe et la capote des Frères, il fit la classe, conduisit les enfants à l'église et les y surveilla comme un simple maître. Pour faire face à de si pressants besoins, M. de la Salle alla chercher du renfort à Reims. C'est à cette date, croyons -nous, qu'il faut placer l'arrivée de frère L'Heureux à Paris 2 : le zélé fondateur l'attirait, tant pour utiliser ses talents de maître dans les classes de la rue Princesse, que pour lui faire achever en Sorbonne ses études de théologie.

M. de la Salle ne goûta point longtemps les joies du succès ; la prospérité même de son école fut l'occasion des défiances et des vexations dont il devint l'objet. M. Compagnon, d'abord si joyeux de l'arrivée de notre Saint, vit bientôt en lui un rival dont la présence l'humiliait. Il avait échoué dans son école ; M. de la Salle y avait réussi. Il n'avait plus, dans l'école dont il était toujours le chef, qu'une autorité nominale ; l'autorité réelle était aux mains de M. de la Salle. A son insu, son âme s'aigrit de cette humiliation ; l'antipathie se glissa dans son cœur, et, dans le trouble d'une conscience agitée, cet excellent prêtre ne se rendit pas compte des procédés injustes auxquels l'entraîna cette involontaire passion.

Il soutint d'abord liafrond dans ses plaintes contre le nouveau directeur des écoles. Depuis que M. de la Salle

1 Blain, |). 289-290. — 2 La date d'arrivée à Paris de frère L'Heureux ne se trouve nulle pari; nous ne eroyons pas exagérer en la mettanl vu 1G88, deux ans avant sa mort.

avait organisé les classes , il y avait moins de temps pour Je travail manuel. Rafrond prétendit qu'il en subissait une perte notable et demanda l'abrogation des nouveaux règlements. M. de la Barmondière, heureux du bon ordre qui régnait dans l'école, de la piété qui éclatait dans la bonne tenue des enfants, lit la sourde oreille à ces récriminations : que lui importait la diminution des gains à la manufacture, dès lors que le profit intellectuel et moral était incontestable !

Peu satisfait dune réponse si noble et si désintéressée, Hafrond menaça de se retirer, et il se retira en effet ; il espérait (pie M. de la Barmondière sacrifierait Técole à la manufacture, qu'il chasserait M. de la Salle pour réintégrer le bonnetier. Rafrond fut la dupe de sa malice, car le curé de Saint- Sulpice ne parut pas ému de sa retraite. Pour entrer dans les intentions de M. de la Barmondière, M. de la Salle fit venir de Reims un Frère qui savait le tricot; et, par une commisération qui est toute la vengeance des saints, il arracha Rafrond au chômage et à la misère, en le priant de donner son concours à la manufacture rétablie. En peu de temps le travail manuel alla mieux que jamais, et, sans trop nuire aux études, il rapporta aux écoles de meilleurs profits qu'auparavant '.

L'heureuse issue de cette crise n'était point de nature i satisfaire M. Compagnon; son rival était toujours là, et mieux établi que jamais. Au mois de juillet, il profila d'une absence de M. de la Salle pour donner cours sur son compte à dc< bruits désavantageux -. Dans une assemblée de dames qui se tenait chez le curé de Saint- Sulpice, on représenta comme désastreuses les méthodes introduites par le saint fondateur : « on fît entendre que les écoliers se dérangeaient plus que jamais, depuis qu'on ne les tenait plus si assujettis au travail des mains; que

Mwiiiim. , 93 Blain, p. 290-292. a Ibid., p. 293.

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