‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 105 sur 320 · MEMOIRE A M. BAUDRAND · texte numérisé non relu

MEMOIRE A M. BAUDRAND

tons, agraphée par le dedans par de petites agraphes noires, depuis le haut jusques vers le milieu du corps, et, de là jusqu'au bas, cousue d'un bout à l'autre. Le bas des manches est abbaissé sur le poignet et fermé par des agraphes qui ne paroissent pas.

« On nomme cet habit une robe , pour ne pas luy donner le nom d'un habit ecclésiastique , dont il n'a pas aussy tout à fait la forme.

« Ce qui sert de manteau est une casaque ou capotte sans collet et sans boutons par devant, agraphée par le haut d'une grosse agraphe par le dedans. Cette casaque est un peu longue , parce qu'elle couvre toute la soutannelle et est environ d'un pouce plus longue.

. « Les casaques ou capottes que portent les Frères des écoles chrétiennes leur ont été données pour les garantir du froid , lorsqu'ils n'avaient pas encore de ces soutannelles particulières, telles qu'ils en ont présentement, mais des justaucorps sans poche et fort honnestes '.

« Les capottes étaient pour lors en usage , et on a cru qu'elles seraient très propres, utiles et commodes aux maîtres des écoles, particulièrement à ceux qui vont aux écoles hors de la maison et dans des quartiers éloignez, pour la commodité des enfants; car ces maîtres, se servant de cette capotte comme de manteau dans les rues, s'en servent pendant l'hiver comme de robe de chambre, quand ils sont arrivez dans leurs écoles et dans la maison.

« On a fort hésité pour lors , si on ne leur donnerait pas des manteaux 2 plutost que de ces sortes de capottes , qu'on jugeait bien devoir être regardées dans la suitte comme un habit singulier; mais quatre considérations en ont empêché. La première , que ces manteaux ne leur serviraient pas dans l'école contre le froid et les embarrasseraient; la deuxième, qu avec des manteaux ils auraient eu l'extérieur de ces abbez 3 ... ; on craignoit qu'ils n'en prissent l'air ; 3° qu'ils auroient paru ecclésiastiques vestus à la mode, quoyqu'ils

1 Nous avons vu. en effet, que M. de la Salle ne donna aux Frères la soutanelle qu'après que le maire de Reims leur eut fait prendre la

capote. — - Il s'agii du manteau ecclésiastique. — 3 [ci des mots que

nous n'avons pas |>u déchiffrer.

ne le fussent pas ; 4° qu'ils auroient emporté les manteaux aussy bien que les justaucorps, à la première tentation qui leur seroit venue dans l'esprit, et s'en seroient retournés vestus comme des messieurs, eux qui n'avoient apporté en venant que des habits de paysans ou de pauvres artisans1. « Ces inconvénients ont fait croire qu'il vallait mieux qu'ils eussent un habit qui ne iïil nv ecclésiastique ny séculier.

« Les inconvénients qu'il pourrait y avoir de changer cet Iiahit. A l'égard du changement en général.

« Il y a peu de ehangements qui ne soient préjudiciables à une communauté, particulièrement en choses qui soient tant soit peu de conséquence.

« Les changements sont toujours une marque d'inconstance et de peu de stabilité; cependant la stabilité dans les pratiques, usages et points de règle, paroist un des principaux soutiens d'une communauté.

« Un changement en communauté donne occasion et ouverture à d'autres, et laisse ordinairement de mauvaises impressions dans l'esprit de tous , ou du moins d'une partie des sujets.

« La pluspart des désordres et dérèglements, qui sont arrive/ dans les conimunautez, ne sont venus que d'une trop grande facilité à admettre des changements ; c'est pourquoi c'est une maxime receue de toutes les personnes qui ont expérience de communauté, que : 1° avant que d'introduire quelque chose dans une communauté, il faut beaucoup y penser et examiner avec soin les suittes bonnes ou fascheuses qu'elle peut avoir. Mais, après L'y avoir estably, il faut être très1 circonspect pour ne la pas détruire que par une espèce de nécessité indispensable.

a C'est apparemment pour ces raisons que les RR. PP. Jésuites, ayant trouvé quelques difïicultez dans leurs constitutions après la mort de saint Ignace, et ayant mis en délibé-

1 Dans les commencements 'If L'Institut, bon nombre de sujets s'en allaient après avoir essayé ce genre de vie: ils emportaient avec eux

les habits qu'on leur avait donnés a la maison.

MÉMOIRE A M. BAUDRAND t'M

ration dans leur premier chapitre général si on y apporteroit quelque changement , résolurent unanimement qu'on ne le ehangeroit en aucun point, mais que , pour éclaircir les endroits qui faisoient difficulté, on ajouteroit quelque apostille par manière d'explication.

« Le changement d'habit paroist de conséquence dans une communauté : aussi a-t-on pris bien des précautions dans la pluspart des communautez de religieuses, pour oster toute occasion à un tel changement; et, dans plusieurs, l'habit est déterminé , non seulement quant à la forme et quant à la qualité et couleur de l'étoffe . mais aussy quant à la largeur et longueur; et toutes les dimensions sont exactement marquées et circonstanciées, afin qu'on y puisse toujours conserver le mesme habit; et les communautez de réguliers qui, dans leur institution , ont pris l'habit ordinaire des autres ecclésiastiques, se sont attachez à conserver leur habit primitif, pour ne pas' donner lieu à des changements, et ont par là rendu leur habit singulier.

« Inconvénients A l'esgard de l'habit en particulier..

« Il y a cinq ans que cet habit est en usage dans cinq villes différentes , tant du diocèse de Reims que du diocèse de Laon '.

« Il y est regardé comme un habit honneste et propre pour y retenir les maistres dans la régularité et la modestie convenables à leur estât et à leur employ, et pour leur attirer le respect de leurs écoliers et la considération des autres personnes, bien plus que les justaucorps qu'ils portaient auparavant.

« Le monde y est accoutumé à cet habit, et un changement d'habit donnerait occasion de parler, de le condamner de nouveauté et de légèreté , et aux supérieurs de réduire à un habit laïque -.

1 Ces villes étaient : Reims, Guise, Rethel, Laon et la ville du marquisat de Montcoraet, où le «lue de Mazarin avait fondé un séminaire de maîtres en I68S. — - Une fois le principe des changements admis, les supérieurs, curés ou évoques, auraient donné aux Frères un habit de leur ^roût; quelques-uns auraient pu les ramènera l'habit laïque.

« Il va près de deux ans ' que les Frères des écoles chrétiennes sont employez à Paris avec ce mesme habit, et personne depuis ce temps n'en a parlé par manière de plaintes, si ce n'est depuis quelque temps que M. le curé de Saint- Sulpice en parle d'une manière assez forte.

« Il semble que si cet habit estait à improuver, c'estoit lorsque les Frères des écoles chrétiennes sont venus à Paris, et avant qu'ils s'y soient employez dans les écoles ; on auroit deu. pour lors, leur dire qu'on ne leur permettroit pas de tenir les écoles avec cet habit singulier, et qu'ils eussent à en prendre un plus en usage; ils auroient deu alors prendre leurs mesures.

« Raisons </ui ont engagé à prendre un habit singulier' l et <fui pourroient porter à le conserver.

((. Dans toutes les communautez où les sujets n'ont rien en propre et sont uniformes en tout, telle qu'est celle des éeoles chrétiennes, l'habit est singulier dans son institution, ou il le devient dans la suitte.

« Il paroist plus à propos pour le bien d'une communauté que l'habit soit singulier dans son institution que de le devenir dans la suitte , parce qu'on ne le change pas ensuitte si facilement, et que cet habit, qui a toujours esté singulier, osle toute occasion de prendre les modes et manières de s habiller des personnes du siècle.

(r Les sujets de cette communauté estant la pluspart... gens sans études, et ne se conduisant ordinairement que par impression3, il faut quelque chose qui leur fasse impression qu'ils sont de communauté, tant pour les engager à y entrer que pour les y retenir et leur y faire observer les règles.

1 C'est donc vers la lin de janvier 1690 que ce Mémoire a été écrit. — • Le mol singulier • n'a pas ici le sens île bizarre, mais le sons de particulier, caractéristique. ; Ces formules d'humilité sont très fréquentes dans saint Vincent de Paul; M. de la Salle se plaisait à considérer, comme très petits et les derniers de tous, les religieux avec lesquels il vivait. Si la plupart étaienl de condition modeste, il leur fallait une ame bien noble cl bien généreuse pour embrasser une vie si humble il si <lure.

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