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XVI LES ÉCOLES PRIMAIRES

siers. » Comment les Universités du xme siècle eussent-elles été fréquentées par ces innombrables auditeurs dont nous parle l'histoire, si les écoles primaires n'avaient pas été nombreuses et florissantes? D'ailleurs, les maîtres étaient alors en assez grand nombre pour que les pénitentiaires formulassent des peines spéciales pour les fautes particulières à cette profession !. D'après Simon Luce, l'historien de du Guesclin, « pendant les années même les plus agitées du xive siècle, la plupart des villages [avaient] des maîtres enseignant aux enfants la lecture, l'écriture et un peu de calcul2. » Aussi n'est- il pas surprenant que le célèbre chancelier Gerson ait écrit, en 1400, dans son Traité de la visite des paroisses, que le visiteur doit s'enquérir avec soin si chaque paroisse possède une école, si l'enseignement y est suffisant : le visiteur doit pourvoir à l'établissement de ces écoles dans les paroisses qui en manquent3.

Le témoignage d'un évèque d'Evreux, Claude Sainctes, nous montre à la fois combien l'instruction était florissante avant la Réforme, et le désarroi que jeta le protestantisme dans l'œuvre des écoles. Il écrivait, en 1576 : « Il nous faut admirer le zèle de nos pères pour l'instruction de la jeunesse. Il eût été difficile de trouver autrefois une paroisse un peu populeuse qui n'eût sa maison ou sa fondation pour les écoles; mais, en même temps, il nous faut maudire la négligence ou plutôt la conduite sacrilège de notre siècle, où l'on a vu les gentilshommes , les paroissiens , usurper ou aliéner les maisons d'école et les biens qui y avaient été affectés, de sorte qu'à peine trouve-t-on maintenant une école ou un maître , nous ne dirons pas dans les campagnes , mais dans les villes et même les cités les plus considérables4. »

Un tel mal provoqua une vive réaction. Dès la fin du \\i siècle, l'Eglise et l'Etat unirent leurs efforts, dans les conciles et les assemblées publiques, pour relever les écoles, restituer les anciennes fondations et en assurer de nouvelles. L'instruction se répandit avec un tel élan, que, dans la seconde moitié du xviic siècle, la France apparaît couverte

1 Aii u\. Questions controversées, p. 186. — - Des Cilleuls, p. 6. — 3 [bid., p. S. — ■ Ai. i. Aix, Instruction primaire, |>. i">.

de petites écoles. En 1672, les 43 paroisses de Paris étaient divisées en 167 quartiers pour les écoles, et l'on ne comptait pas moins de 334 maitres ou maîtresses'.

Pour nous faire une idée précise du nombre des écoles au moment de l'entrée en scène de Jean-Baptiste de la Salle, il nous suffira de citer quelques chiffres tirés des documents officiels. Nous prendrons des exemples çà et là dans la France entière.

En 1683, l'archevêque de Rouen visite 38 paroisses et y trouve 22 écoles; trois ans plus tard, il trouve 42 écoles en 56 paroisses. Le mouvement scolaire était tel qu'en 1710- 1717, 1159 paroisses avaient 1161 écoles2.

D'après les registres de mariage de la Champagne, on voit qu'en 1686-1690, sur 100 individus, 28 en moyenne savaient signer dans l'Aube, 41 dans les Ardennes, 43 dans la Marne, 29 dans la Hatlte- Marne3. Ce résultat suppose les écoles très répandues et très fréquentées, surtout si l'on se rappelle que certains enfants suivaient les classes sans apprendre à écrire, et que sans doute plusieurs des époux avaient perdu, à vingt-cinq ans, le peu d'écriture qu'ils avaient appris dans leur enfance.

En Franche -Comté, une vigoureuse impulsion avait été donnée à l'enseignement primaire par les archevêques de Besançon, dès la fin du xvie siècle. Une ordonnance épiscopale de 1633 impose à toutes les paroisses l'entretien d'un instituteur, qui forme les enfants à la lecture , à l'écriture et au chant. Au début du xvme siècle , les 800 paroisses du Doubs, du Jura et de la Haute -Saône actuels étaient toutes pourvues d'écoles primaires 4.

1 Cf. Pompée, Rapport. — 2 De Beaurepaire, t. II, p. 382, 383, 407; Allain, p. 56. — 3 Maggiolo, dans le Dictionnaire de pédagogie, art. Champagne. — 4 Gauthier, art. Franche -Comté, dans le Dictionnaire de pédagogie.

XYin LES ÉCOLES PRIMAIRES

Â.près avoir écrit ses célèbres Remontrances , en 1666 et en 1668, M. Démia s'était occupé de fonder pour le vaste diocèse de Lyon un Bureau des écoles. Ce Bureau disposa bientôt de si grandes ressources, qu'il put fonder et entretenir un grand nombre d'écoles; l'enseignement primaire fut porté à un état de prospérité qu'on ne voyait nulle part au même degré '.

Dans le Dauphiné, les catholiques et les protestants rivalisent de zèle pour les écoles. Après la révocation de Ledit de Nantes, pour remédier à la suppression des écoles protestantes, des édits successifs obligent toutes les communes à entretenir des écoles. On y enseignera à lire, à écrire, le tout « ainsi qu'il sera réglé par les évêques ». Pour assurer le traitement des maîtres, les habitants seront tous imposés. Chaque mois, les curés remettront aux procureurs l'état exact des enfants qui ne vont pas à l'école , « pour faire les poursuites nécessaires2. »

L'évêque du Puv-en-Velay, dans ses visites pastorales, jugeait du zèle des pasteurs par le soin qu'ils prenaient des écoles. A l'instigation de M. de Lantages, il établit une multitude de maîtres dans tout son diocèse 3.

Dans l'Albigeois, la propagande protestante avait obligé le clergé catholique à donner aux écoles une attention constante. Aussi l'évêque de Castres pouvait-il écrire, en 1693: « Nos églises sont entièrement désertes, il n'y a que les écoles qui subsistent par la continuelle application que nous v donnons. Je ne manque pas d'aller moi-même, deux fois la semaine, visiter celles de la ville, et je visite celles de la campagne de deux mois en deux mois4. »

L'instruction primaire avait été cultivée de bonne heure en Bretagne. In volume, publié à Saint-Malo en 1612-1620, nous présente un règlement scolaire où nous lisons : ce Les recteurs el curés remontreront à leurs paroissiens que, s'il n'y a pas d'école, la jeunesse1, nourrie en oisiveté, apprend l'étude de mal faire, d'elle-même poussée par le bransle de sa propre

1 D'après ( A ISSH.RT, llrrin- ilu I.i/dii ii:i is . 1880. Cité pa r Al. î. AIN , p. 7'.). — 2 Haci.kh.ii, arl. D.iii phtné , dans le Dirl. tir prtl.t;/. — a V/r de

M. de Lantages, par M. Faillon, p. 93. — ' Dans Ai.lain, p. 90.

corruption... Ils les exhorteront de contribuer à établir et entretenir des écoles ouvertes à tous , riches et pauvres , par toutes les paroisses... » Les statuts synodaux de Bretagne, en 1672, donnent la liste des livres classiques imprimés par ordre des évêques; cette liste comprend entre autres : le Catéchisme, l'Alphabet, le Syllabaire, la Civilité chrétienne , l'Exercice du chrétien '...

Au sujet du diocèse de Chartres, M. Merlet, archiviste d'Eure-et-Loir, a pu écrire : « Au xvie siècle, [l'instruction, était peut-être encore moins répandue qu'elle ne l'est aujourd'hui; mais nous ne croyons pas nous tromper en affirmant qu'au xvn' siècle elle était aussi généreusement et aussi libéralement accordée à tous que nous le voyons de nos jours2. » Jean-Baptiste de la Salle trouva donc l'enseignement primaire fondé en France, et même largement répandu.

Dans les fondations des petites écoles, les pauvres n'avaient point été oubliés. Presque partout, les maîtres avaient Tordre de recevoir les pauvres sans rétribution scolaire.

La plupart des évêques se faisaient un devoir de provoquer la générosité des fidèles en faveur des écoles charitables. « La plus grande charité qu'on puisse exercer envers les pauvres, écrivait l'évêque d'Arras en 1678, est de leur procurer les moyens de se faire instruire 3. » Les statuts de Châlons, rédigés en 1662, en faisaient aux prêtres la recommandation expresse : <r Prenez tous les ans quelque somme d'argent sur le revenu de la fabrique , pour aider à avoir un bon maître dans les lieux où il n'y en a pas. Si vous pouvez vous-même contribuer à la subsistance dudit maître, préférez cette aumône à celles qui ne sont pas si nécessaires et si pressantes. Inspirez à ceux qui veulent faire des fonda-

1 Maggiolo, art. Bretagne, dans le Dict. de pédag. — - Ali.ain, p. 114. - :! Ibid., p. 190.

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