LA PÉDAGOGIE DES FRÈRES
Cet ouvrage n'est pas l'unique source que nous possédions sur les idées pédagogiques du saint fondateur de l'Institut. Ces idées se font jour fréquemment dans ses Lettres*. Elles sont brièvement résumées dan- la Règle elles se présentent, animées du plus pur esprit apostolique, dans les Méditations pour le temps de la retraite*. Partout elles apparaissent avec ce caractère éminemment pratique, qui annonce dans leur auteur une longue expérience et un très ferme bon sens.
Il est juste de reconnaître que M. de la Salle avait eu des devanciers dans la pédagogie. Durant ses études classiques, il avait pu étudier dans les écrivains de Rome et d'Athènes leurs remarques sur l'éducation3. Il était moins au courant, sans doute, des indications pédagogiques disséminées dans les auteurs du xvie siècle. Erasme. Ramus. Montaigne et Rabelais4. Mais il était impossible cpie les directoires d'enseignement, composés pour les Jésuites et les Oratoriens. lui eussent échappé5. Connaissait-il la tentative faite dans les petites écoles de Port-
1 Les Lettres du Saint ne suffiraient pas à constituer un corps de doctrine ; mais on pourrait y recueillir de précieux conseils. — - Nous avons sous les yeux l'édition «le 1S10 ( Langres , Laurent- Bournot). Ce fut peut-être la première édition, d"après cette phrase de l'Avertissement :
< m a eu soin, avant de mettre ces Méditations sous la presse, de les faire examiner par une personne orthodoxe et de science, laquelle y a corrigé un grand nombre de fautes, qui s'y étaient glissées par le peu de soin ei parla négligence des copistes. » Le style de cette édition. qui a été retouché dans les éditions plus récentes, reflète bien l'époque et le caractère de M. de la Salle. — 3 Chez les Grecs: Platon, Xénophon, Aristote. Chez les Latins: Sénèque, Quintilien, Plutarque, Marc-Aurèle. — 4 Sur iqrasme( 1467-1536 , voir la thèse de M. A. Benoist : Quid de puerorum institutions senserit Erasmus; Paris. 1877. De Ramus 1515-1572 . voir sa Remontrance an conseil privé du roy. Rabelais 1495-1553 a disséminé ses idées dans son livre: on peut lui appliquer ce mol de Cicéron
qu'il y a des perles dans le fumier d'Ennius ». Montaigni 1533-1592 a consacré dans ses Esxui* un chapitre fort sensé à l'institution des enfants. — ' La pédagogie des Jésuites est dans le Ratio studiorum, dont la première édition parut en 1586, et dans la Manière d'apprendre et d'enseigner, par le Père Joi vi ni v. Sur la pédagogie des Oratoriens, voir la thèse du l'ère Lallemant. Voir aussi Thomassin, Méthode d'étudier et d'enseigner chrétiennement les lettres humaines, 168ii.
Royal? S'il leur emprunta, comme nous le dirons plus loin, l'idée de former les écoliers à la lecture par le français et non par le latin, ce fut tout1. Il n'admit jamais, par exemple, que des enfants fussent, élevés sans discipline et sans émulation. A la rigueur, cette absence de discipline eût été tolérable à Port-Royal, où l'on avait moins de dix élèves en chaque école ; mais, dans les classes populaires des Frères, ce régime eût été impraticable.
Le livre dont M. de la Salle s'inspira le plus fut VEscole paroissiale. (Test un cours complet, méthodiquement écrit, d'une inspiration profondément chrétienne. L'édition de cet ouvrage, qui parut en lli.Vt, n'était sans doute que la collection des conseils donnés depuis longtemps aux maîtres des petites écoles *. Le chantre de Notre-Dame veillait, en effet, avec trop de zèle sur ses instituteurs, pour ne s'être pas occupé de bonne heure d'établir parmi eux l'uniformité. Les divers ouvrages de Jean-Baptiste de la Salle, tous écrits pour les écoliers ou pour les maîtres, semblent être le commentaire des diverses parties de VEscole paroissiale. Son œuvre pédagogique n'en est pas moins personnelle; car, on le sent à chaque page, elle est le fruit de ses propres réflexions et de l'expérience des premiers membres de son Institut3.
1 Les cinq écoles de Port-Royal étaient: Port-Royal-des-Champs, rue Saint -Dominique -d'Enfer, à Paris; les Granges, la Chesnai, Châteaudes-Trous, près Chevreuse. Racine y fut élève; Pascal. Lancelot, Nicole... 3 firent la classe. Cf. Finot, Port-Royal et M&gny; Cadet, l'Éducation à Port-Royal. Nous citerons seulement deux traités de péda- : Nicole, l'Education d'un prince, L670 ; Coustel, Règles de l'éducation >/-•>• enfants, 1687. — - L'édition de 1654 contient trois parties: la première traite des qualités du maître et de L'organisation d'une école; La seconde, de L'enseignement religieux el des exercices de piété;
la troisiè Lonne Les règles pour la pratique de L'enseignement, lec-
ture, écriture, calcul, Latin, ordr< 'les exercices. I a abrégé fut publié en 1685-1688, sous le titre: Instruction méthodique pour l'école paroissiale; un \ irons.-, en appendice, des instructions sur L'orthographe, L'arithmétique, la civilité ci le plain-chant. — :; La Conduite esi bien l'œuvre de L'Institut, el non un emprunl plagiaire, d'après cette phrase