COMMENT L'INSTITUT PÉRICLITE
plus âgés prirent l'habit. Les autres furent demandés par M. Sadourni1, prêtre sacristain de la paroisse Saint-Sulpice, pour servir 1rs nnsses. Quoiqu'il entrevît dans cette occupation de fâcheuses conséquences pour ces enfants , M. de la Salle n'osa point opposer un refus au désir formel de M. Baudrand2.
Tout alla bien dans les commencements. La matinée entière étant consacrée au service des messes, les enfants arrivaient le matin à la sacristie et n'en sortaient qu'à midi. Ce ne fut point pour eux un lieu de dissipation. « On les voyait dans un silence perpétuel, tous à genoux, cl en posture de gens qui font oraison. Les uns après les autres, ils allaient, revêtus d'une robe violette, servir le prêtre à l'autel; et, de retour avec lui dans la sacristie, ils retournaient, sans parler, à la place dont ils étaient sortis, continuer à genoux une oraison qui paraissait aussi longue que la matinée. Rien n'était plus édifiant, et on les regardait avec admiration3. »
Mais cette régularité ne dura pas longtemps. Egarés dans un milieu qui n'était pas fait pour eux, trop souvent témoins de négligences et de libertés dont leur âme tendre se scandalisait, échappant d'ailleurs en partie aux chaudes influences de la vie de communauté, ces enfants éprouvèrent bientôt du refroidissement dans leur piété ; le laisser-aller prit la place de l'application. Malgré toute la déférence qu'il avait pour le curé de Saint- Sulpice , M. de la Salle retira ses petits novices de la sacristie. Il renvoya dans le monde ceux dont la vocation avait fléchi; il donna l'habit à ceux qui avaient gardé l'esprit religieux*. C'est ainsi qu'en 1691, presque toute son œuvre avait croulé : ce cher noviciat . sur lequel reposaien! toute- ses espérances, se trouvait à peu près dissipé.
Pour surcroît de peine. Dieu l'éprouva par la maladie
1 I'.i.un. i. I. p. 312. — - Ibid., p. -281. — 3 Ibid., p.'291. — ; Ibid., p. 291. — • Ibid., p. 303.
et faillit l'enlever à ses disciples désemparés, au moment où il leur était le plus nécessaire.
Au milieu des préoccupations accablantes que lui donnait le gouvernement de l'Institut, il ne se relâchait en rien de ses austérités ordinaires. Il semblait même qu'il augmentât la rigueur de ses pénitences, à mesure que les difficultés croissaient en dehors. Sous le poids des ciliées et des chaînes de fer, privé de repos et volontairement condamné à une nourriture insuffisante, il succomba à des fatigues excessives. Il sentit les premières atteintes du mal vers la fin «le 11')!»'!. Ses affaires l'appelaient alors à Reims. Bravant la souffrance, il voulut faire le voyage à pied. Son arrivée à Reims n'apporta que la tristesse à ses chers disciples : ils le trouvèrent si faible, que la crainte de Le perdre les jeta dans la consternation.
Il avait à Reims une famille opulente. Quoiqu'il eût indisposé tous ses parents contre lui en renonçant à tous ses biens, et particulièrement en se revêtant de l'habit même des Frères, toutes les portes se fussent ouvertes devant lui ; la pitié eût fait tomber toute:- les préventions. Mais il ne voulut recevoir de soins que de ses chers enfants; et ce fut dans leur communauté, pauvre et sans confortable, qu'il resta alité. Ranimé par leur tendresse et par leurs prières, plus encore que par les remèdes, il se crut bientôt en état de reprendre le chemin de Paris.
Sa vénérable aïeule. Perrette Lespagnol, veuve de Jean Moët, qui, seule de toute la famille, lui avait gardé son affection et l'avait soutenu de son dévouement, se présenta a la lue Neuve polir le visiter. Déjà elle prenait le chemin dr -;i chambre, lorsqu'il la lit prier de s'arrêter et de l'attendre au parloir. Rassemblant le peu de forces qui lui pestaient, il descendit pour recevoir sa visite. Surprise de celle conduite < l redoutant les effets de celle imprudence. Perrette Lespagnol en (il de vifs reproches à Jean-Baptiste. - Quel inconvénient, lui dit-elle, y a-t-il qu'une mère entre dans la chambre de son Jils? — H n'y a point,