‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 123 sur 320 · RETRAITES ET VISITES · texte numérisé non relu

RETRAITES ET VISITES

souverain bonheur; la retenue et L'attention sur vousmême doit donc être assez grande pour vous la procurer; elle vous servira de moyen pour vous vaincre dans les occasions et vous empêcher de faire vos actions naturellement1... Vous devriez bien prendre garde, mon très cher Frère , de ne pas parler d'une manière sy hautaine ; . . . l'Esprit de Dieu ne permet pas de parler ainsi : que l'humilité paraisse toujours dans vos discours; rien ne vous rendra (plus aimable à Dieu et aux hommes. Ayez bien de l'égard de parler toujours aux externes avec bien de l'humilité ; c'est ce que saint Paul exigea de tous les chrétiens. Ne les rebutez jamais; cela est de très mauvaise édification. Parlez d'une manière honnête, ce qui est très conforme à l'esprit de Dieu. Ayez aussi bien de l'égard de ne pas parler trop librement à vos écoliers ; cela ôte tout le respect-... Je ne manque et ne manqueray pas de prier Dieu pour vous, mon très cher Frère,... vous me ferez bien du plaisir de le prier pour moi. La tendresse avec laquelle vous m'écrivez m'est bien sensible , mon très cher Frère ; je vous suis bien obligé du soin que vous avez eu de ma santé3, etc.. »

On voit avec quelle sollicitude le père suivait ses enfants ; il les encourageait toujours, il les réprimandait quelquefois; même lorsqu'il était sévère, il avait le don de ne pas blesser les âmes. Cependant, la direction de son Institut exigeait une action plus intime que la correspondance mensuelle. Aussi établit-il l'usage de la retraite annuelle et de la visite des écoles. Durant les sept années qu'il passa à Vaugirard, il ne manqua jamais d'y convoquer tous les Frères pour la retraite, et il s'imposa l'obligation de visiter chacune de ses fondations4. Grâce à cette vigilance et à ce contact d'âmes fréquemment renouvelé, les richesses de vie religieuse déposées

1 Lettres, ne 22. 2 Lettres, n» le. — ;; Lettres, w 30. — ; Rlain,

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dans le cœur du père s'écoulaient dans le cœur des enfants. G'esl ainsi que, par l'intermédiaire du fondateur, les disciples puisaient la vie dans ses sources divines.

Cet accroissement de ferveur eut un effet bien consolant pour M. de la Salle. Tandis que, depuis quatre ans, le recrutement de l'Institut avait été suspendu, il parut visible qu'un souffle de grâce allait amener de nouveaux sujets : plusieurs postulants sollicitèrent d'être admis au nombre des Frères. Pour ces jeunes aspirants, il fallait organiser un noviciat. Jusqu'alors le noviciat n'avait consisté qu'en une longue retraite, à peine suffisante pour instruire des vertus chrétiennes et pour initier aux premiers principes de pédagogie ; l'application trop hâtive des sujets à l'œuvre des écoles avait empêché leur affermissement dans la vie religieuse, et les av;tit exposés à '•es défaillances et à ces défections que M. de la Salle ;i\ail si amèrement déplorées. Il était bien résolu de ne rien précipiter désormais, afin de rendre plus durable la formation des âmes.

Le saint fondateur, dont la droiture ne se démentait jamais, s'ouvrit à M. Baudrand du dessein qu'il avait conçu de fonder à Yaugirard un vrai noviciat1. M. Baudrand était son directeur; en tant que curé de Sainl- Sulpice, il lui apparaissait comme son supérieur immédial : c'était du reste son bienfaiteur, puisque les diverses maisons des Frères de Paris ne vivaient que de ses libérables : pour ces divers motifs. M. de la Salle crut devoir demander son autorisation. Certes, M. Baudrand estimait le supérieur des Frères; récemmenl encore, avant reçu un Mémoire plein de violentes accusations dirigées contre le Saint, il avait confondu les calomniateurss. Il témoignait à toute occasion, cl par de ïvv-

1 Ri \in , |'. 31b. Maillefer, p. 110, dit que M. Baudrand com-

muniqua ce Mémoire à M. de la Salle, H que, l'ayanl observé pendant la lecture qu'il en lii , il fui profondément frappé de la parfaite sérénité qu'il garda devanl ces accusations.

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