CREATION H'I A NOVICIAT
quenles visites, son attachement aux Écoles chrétienne- Mais il trouvait très lourde la charge d'une communauté dont l'entretien reposait sur lui seul. Si les frais d'un noviciat s'ajoutaient à ceux qu'il supportait déjà, il ne pourrait l'aire face à tant de dépensés1. Dans la nécessité où il était de ne pas dépasser les ressource- de son budget, il eut le regrei de refuser à M. de la Salle la permission que celui-ci sollicitait.
Ce refus inattendu déconcertait les plans du fondateur. Son œuvre allait-elle être condamnée à la stérilité? Il ne se plaignit qu'à Dieu de l'opposition qui lui était l'aile: mais il entreprit de lever l'obstacle à force de prières et de pénitences. << Pendant l'espace de près d'une année que dura cette opposition, nous dit son biographe2, il jeûnait tous les jours, il priait presque toute la nuit dans une chambre retirée, et il ne cessait de le faire que quand, malgré lui, le sommeil venait lui fermer les paupières... Alors, obligé de se rendre, il tombait par terre et y prenait son repos. C'était sur ce lit de plâtre, si funeste à la santé, et sur lequel il ne manquait pas de recueillir de cruelles douleurs de rhumatisme, avec péril de devenir perclus de ses membres, que les Frères le trouvaient couché froid et glacé, lorsqu'ils allaient, le matin, lui parler pour quelque affaire. » Sur leurs remontrances, il s'abstint de cette dangereuse mortification; mais il redoubla les autres macérations, « disciplines sanglantes, haires, ciliées, chaînes de fer. » Informé de< moyens mis en œuvre par M. de la Salle pour le fléchir, M. lîaudrand lui ordonna de ne plus combattre la volonté de Dieu et d'interrompre toutes ces austérités3.
Convaincu cependant que la vitalité de l'Institui dépendait absolument de la création d'un noviciat, le saint fondateur crut que sa conscience lui faisait un devoir d'importuner encore le Ciel en sa faveur. Dieu se laissa
1 l',i ain , p. 316. — - 11,1(1., p. :tl7. — a Ibid., p. 3*7.
toucher par l'ardente expression de ses désirs et employa, pour le secourir, l'intervention de l'un de ses meilleurs amis de séminaire.
M. de la Salle avait connu à Saint-Sulpice Paul Godet des Marais1. Sur les instances de Mme de Maintenon, Paul Godet des Marais venait d'être nommé évêque de (martres, et la puissante influence de M. Tronson lui avait fait accepter une dignité dont une humilité sincère l'éloignait. Mis au courant des difficultés qu'éprouvait M. de la Salle dans l'entreprise de son noviciat, il parla en faveur de son ami, le jour même de son sacre*, à l'archevêque de Paris et au curé de Saint-Sulpice. Dans une circonstance si solennelle et si joyeuse, où tout refus eût été déplacé, il gagna la cause des Frères et de leur fondateur. L'archevêque de Paris, Mor de Harlai, approuva l'érection du noviciat et reconnut la petite société de M. de la Salle comme une communauté religieuse. De son côté, M. Baudrand cessa de faire opposition au projet du Sainl et l'aida même de ses générosités3.
Ge fut au mois de septembre 1692 que l'ouverture du noviciat fut décidée. Le supérieur des Frères se hâta d'en porter l'heureuse nouvelle à la connaissance de la communauté. Aussitôt les Frères dirigèrent du côté de Yaugirard les jeunes aspirants qui présentaient des signes de vocation religieuse4. Le nombre des novices atteignit promptement le chiffre de douze. Six d'entre eux reçurent l'habit de Frère des mains du fondateur, le 1er novembre 1692 5. L'inconstance et la faiblesse de caractère firent des vides parmi ces premières recrues ; mais l'Esprit de Dieu, qui veillait sur l'Institut, poussa de nouveaux
1 Paul ( nid, •! des Marais (1647-1709) l'ut à quinze ans abbé d'Igny. Prêtre en 1674, docteur en liiTT, il fui nommé évêque de Chartres en 1690, ei sacré en 1692. Il prit une grande part à la fondation de Saint-Cyr. Cf. Péchenard, Histoire </»■ V abbaye d'Igny, p. 463.) —
Le sacre eu! lieu le 31 aoûl 1692. - :; Lucard, Vie..., p. 109. —
' M ULLBFER , |>. 103, ' l'.i \I\ . p. 325,