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FERVEUR DE LA COMMUNAUTE

sauf qu'on leur donnait un peu de vin. Parfois certains prêtres demandaient à faire leur retraite dans cette fervente communauté : M. de la Salle les accueillait de bon cœur, et il profitait de leur présence pour faire les voyages indispensables et la visite des écoles. Les Frères, en effet, pouvaient assister à leur messe1.

La maison n'avait point encore de chapelle; car 1 oratoire du noviciat ne fut érigé que plus lard, avec l'autorisation expresse de l'archevêque de Paris. Dans les commencements, les Frères allaient chaque matin entendre la messe, célébrée par leur supérieur, dans une chapelle domestique du voisinage2. Ils ne traversaient les rues de Vaugirard pour se rendre à l'église paroissiale qu'à un petit nombre de fêtes solennelles, à Pâques et le jour de saint Lambert, patron du lieu3.

Cette solitude de Vaugirard fut comme le second berceau de l'Institut. Commencé à Reims, dans l'humble enclos de la rue Neuve, il avait besoin de se fortifier et de grandir dans la prière silencieuse et dans la pratique des plus solides vertus. S'il est vrai que la solidité et la durée d'un édifice se mesurent à la puissance des assises de fondation, l'Institut des Frères trouvera la garantie de sa force et de son avenir dans les actes héroïques des sept années passées à Vaugirard.

Rien de plus pauvre que le réduit où vivaient nos humbles pénitents. Mal abritée contre les intempéries de l'air, la maison était exposée au vent, à la neige et à la pluie. M. de la Salle aimait trop sa « chère Bethléem», pour parer aux incommodités de sa demeure et lui donner la plus lointaine apparence du confortable. Sous les toits mal fermés et derrière les portes mal jointes,

1 Bi.ain, |i. 326. — "2 Ibid., p. 349. L'acte par Lequel Mer de Noailles permit l'érection d'un oratoire chez les Frères est daté du 27 mars Iti'.'T. Voir la copie aux archives des Frères. — 3 Blain. p. 322. L'église <!<•

saint Lambert était alors à l'autre bout du village, à plus d'un kilomètre de la maison des Frères.

•2 in LE NOVICIAT DE VAKilRARD

on ne voyait dans chaque cellule qu'un lit de planches avec une paillasse fort dure et un traversin rempli illet d'avoine au lieu de plume; il n'y avait que deux matelas dans la maison., 1 un pour Le supérieur qui n'eu usait jamais, l'autre pour les malades. Passant la nuit sur ces couches grossières, avec une toile rude pour draps de lit et une simple couverture, les Frères éprouvaient toutes les rigueurs des froids d'hiver. « Ceux qui étaient proches des fenêtres se trouvaient trempés de pluie ou couverts de neige...; les autre- étaient gelés et ne pouvaient se réchauffer, parce qu'un air froid et glacé trouvait entrée de toutes parts '. » On ne voyail jamais de feu dans celte austère habitation. Il n'était point question non plus d'ameublement; quelques bancs fort simples et des tables nues, c'était tout.

Les vêtements étaient assortis à celte pauvreté. « Je suis persuadé, dit le biographe, que si les bas, les souliers, les robes, les capotes et les chapeaux des Frères, it tous les autres meubles de leur communauté eussent été jetiez à la porte, ils eussent pu attirer des regards de pitié dv< veux de tous les passants, mais qu'ils n'eussent pu attirer la main d'aucun d'eux pour les ramasser-. » Yëlu d'une soutane en drap sans valeur, couvert luimême d'une capote dont la vétusté avait changé la couleur, avec un chapeau dont les larges bords retombaient sur ses épaules, l'humble supérieur donnait à tous l'exemple du parfait détachement. Les conséquences fâcJaeuses de la pauvreté, souffrances corporelles et mépris des gens du monde, ne leur étaient point épargnées. Mais ces humiliations allaient mieux à leur cœur (pie certaines marques d'estime, dont les gens plus clair-

! l',i vi \ . p. 318. I" i ■ les traits de ce tableau sonl empruntes ara biographe Bi vra; nous avons dû omettre plusieurs détails, dont la |>iatique iiVIlïa vail pas la vertu des l ■■ - mais i ml la vue choquerait noir.- délicatesse. Blain, p. 32 l

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