TRANSFÉRÉ A PARIS. — NOUVELLES DIFFICULTÉS AVEC. M. BAUDRAND
Tout n'était pas volontaire dans les privations que l'esprit de pauvreté faisait endurer si joyeusement aux fervents religieux de Vaugirard. Les temps étaient mauvais en 1693; depuis cinq ans déjà, la guerre de la ligue d'Augsbourg1 pesait lourdement sur le royaume, et la gloire des armes françaises n'atténuait point la misère des populations. Dès 1692, l'insuffisance des récoltes avait ajouté la cherté des vivres à la charge déjà excessive des impôts. On avait réussi néanmoins à conjurer la famine et à prévenir le mécontentement du peuple, en édictant des lois sévères contre les accapareurs et en maintenant à 19 livres le prix du septier2 de blé.
Mais la récolte de 1693 fut pire encore que la précédente; le blé monta subitement à 31 et à 34 livres. « Le fantôme de la misère apparut alors à tous les yeux, grossi de toutes les imaginations dont la terreur populaire est capable3. » In fait navrant surexcita les esprits. A Paris, au faubourg Saint-Laurent, on trouva le cadavre mutilé d'un enfant; le bruit se répandit que les parents eux-mêmes l'avaient tué, parce qu'ils ne pouvaient plus le nourrir. A l'entrée de l'hiver, le peuple des villes et des campagnes était alfolé par la perspective de la famine; les vivres étaient rares, et d'un prix très élevé; les ressources étaient épuisées par les impôts; le nombre
1 La guerre de la ligue d'Augsbourg dura depuis 1688 jusqu'à 1697. — - A Paris, le septier valail à peu près un hectolitre cinquante -neul litres. — - ' Gaii i lrdin, Histoire du ri-une de Louis XIV, I. V, p. 433.