‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 133 sur 320 · EXTREME DISETTE CHEZ LES FRERES · texte numérisé non relu

EXTREME DISETTE CHEZ LES FRERES

contre lui depuis les affaires de l'habit et du noviciat1. Au lieu de cette version du biographe Blain , nous admettrons comme plus vraisemblable le récit de Maillefer, d'après lequel. « M. le curé de Saint-Sulpice, ayant appris l'extrême nécessité où les Frères étaient réduits, leur fournit de l'argent et des vivres suffisants pour pouvoir se passer d'autres secours, et les mettre, par une grande économie , en état d'attendre une année plus abondante2. »

Voici comment la misère des Frères parvint à la connaissance de M. Baudrand3. Un jour que la communauté manquait de tout, même de pain, le Frère économe prit les quatre derniers sous de la maison pour acheter des légumes, et faire ensuite aux Frères un bouillon qui pût tromper leur faim. Un attroupement de pauvres attira son attention vers un hôtel où une dame distribuait du pain. Il se présenta au milieu de ces affamés. Comme il tendait la main pour recevoir une portion , son habit le lit reconnaître. « Eh quoi! lui dit la dame, la famine se fait-elle aussi sentir chez vous? M. le curé laisse-t-il (huis la dernière nécessité les premiers pauvres de sa paroisse, et ceux-là même qu'il emploie pour instruire les pauvres? » Le Frère répondit naïvement qu'on manquait de tout à la rue Princesse ; qu'il allait , avec les quatre derniers sous de la communauté, acheter quelques légumes pour un repas qui serait peut-être le dernier. Fort surprise de voir les Frères réduits à un tel état, la noble dame répondit : « Allez en paix, je vais y donner ordre. » Elle courut, en effet, chez M. Baudrand. Dès qu'il connut les besoins de la communauté, M. Baudrand. touché de compassion, donna une somme d'argent pour subvenir aux plus urgentes nécessités; la personne qui

1 Blain, p. 33b. Ces insinuations sonl très ordinaires clic/. Blain. Maillefer, dans La préface «le son manuscrit, les lui reproche vivement. — * Maillefer, p. 127. — :) Cf. Blain, \>. 330.

le sollicitait était du reste, pour lui, une si précieuse ressource, qu'il ne pouvait rien lui refuser1.

Au mois de janvier 1694, on était au plus fort de la disette, lorsque le curé de Saint-Sulpice dut avouer qu'il avait épuisé toutes ses réserves. Nouvelle épreuve pour la communauté des Frères : Dieu laisserait-il périr son œuvre, faute d'un peu de pain? Le cœur rempli tout à la fois d'une, affliction profonde et d'une confiance sans bornes, M. de la Salle se rendit à l'église, la veille de la Conversion de saint Paul, et, dans une longue et fervente oraison, il exposa à Jésus-Christ les besoins de sa famille religieuse et le conjura « de se souvenir qu'il en élail le père2 ». Après avoir prié, il se sentit pressé d'aller voir M. Baudrand. L'inspiration était du ciel; car le curé de Sainl-Sulpice venait de recevoir du roi une forte somme pour le soulagement des pauvres. Dans les sentiments de joie qu'il éprouvait d'avoir en main la vie de ses eliers pauvres, M. Haudrand embrassa M. de la Salle et lui donna sur-le-champ deux cents livres; quinze jours plus Lard, il lui remit encore la même somiiu .

Mais la communauté était nombreuse, et le pain était fort cher. En dépit de la stricte économie qui réglait tout dans la maison, la faim se lit bientôt de nouveau sentir. M. Baudrand, pour assurer la vie des maîtres, donna ordre au boulanger de fournir le pain qui serait nécessaire. C'est ainsi que la communauté put attendre des jours meilleurs. Au printemps de l'année 1694, lorsque la misère fui moins pressante, M. de la Salle reprit avec ses chers novices le chemin de Vaugirard : son âme avait besoin de s"\ reposer, dans la solitude et l'oraison, des soucis el des affaires qui l'avaient agitée durant ce terrible lii\ er v.

Les préoccupations matérielles 1 \ suivirent néanmoins.

1 Blain, p. -an. - Il.i.l., p. 337. — ■• [bid., p. 337. — * Ebid., p. 339.

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