‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 135 sur 320 · RETRAITE DE · texte numérisé non relu

RETRAITE DE

heures données à l'oraison, le saint fondateur adressa chaque jour à ses entants des exhortations et tint avec eux des conférences.

Dans ses instructions, il leur montra l'excellence, mais aussi les obligations et les périls des vœux de religion. Loin de les jeter à l'aveugle dans la profession religieuse, il les avertit d'être en garde contre la témérité et la présomption : excellents en eux-mêmes, les vœux sont un malheur pour ceux cpii les prononcent sans vocation ; mieux vaut reculer, ou du moins différer pour réfléchir encore, que de s'exposer, par une démarche précipitée, à d'amers regrets, à des retours honteux ou à d'horribles sacrilèges '.

Dans les conférences intimes, les Frères parlaient à leur tour : chacun avait pleine liberté d'exprimer ses sentiments. L'humble supérieur ne voulait rien conclure que sur Lavis des Frères eux-mêmes. Ce qui révèle la sagesse de ces assemblées, ce sont les résultats modérés auxquels elles aboutirent. Car, si les vœux perpétuels furent acceptés, on jugea bon de les restreindre à l'obéissance et à la stabilité-.

La suite prouva bien que Lardeur avait besoin d'être tempérée par la sagesse. En effet, sur les douze Frères si soigneusement choisis par leur fondateur, si assidûment façonnés de ses mains, si délibérément engagés dans les vœux, six seulement persévérèrent3.

Tout s'était passé dans le plus grand secret. Par mesure «le prudence, M. de la Salle n'avait pas communiqué son projet aux Frères qu'il n'admettait pas aux vœux perpétuels. Le matin de la Trinité, il se retira, avec les douze initiés, dans le lieu le plus écarté de la maison. Le premier de tous, au milieu de ses Frères, il fit sa consécration d'un ton ferme et ému qui toucha tous les cœurs. Les Frères, après lui. prononcèrent les vœux perpétuels

1 Cf. Blain. p. 343. — ; 11ml. . p. 343. — 3 Ibicl., p. 343.

d'obéissance et de stabilité, suivant la même formule. Cette formule, écrite et signée par chacun d'eux, était conçue dans les termes suivants ' :

« Très sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, prosterné dans un très profond respect devant vostre infinie et adorable Majesté, je me consacre tout à vous pour procurer votre gloire, autant qu'il me sera possible et que vous le demanderez de moy. Et pour cet effet, je, Jean-Baptiste de la Salle, prestre , promets et fais vœu de munir et demeurer en société avec les frères Nicolas Vuyart, Gabriel Drolin, Jean Partois, Gabriel- Charles Résigade, Jean Henry, Jacques Compain, Jean Jacquot, Jean-Louis de Marcheville, Michel-Barthélémy Jacquin, Edme Leguillon, Gilles Pierre et Claude Roussel, pour tenir ensemble et par association les écoles gratuites, en quelque lieu que ce soit, quand mesme je serais obligé, pour le faire, de demander l'aumône ou de vivre de pain seulement, ou pour faire dans laditte société ce à quoyje seray employé, soit par le corps de la société, soit par les supérieurs qui en auront la conduitte. C'est pourquov je promets et fais vœu d'obéissance tant au corps de cette société qu'aux supérieurs. Lesquels vieux. tant d'association que de stabilité dans laditte société et d'obéissance, je promets de garder inviolablement pendant toute ma vie, en l'oy de quoy j'ai signé. Fait à Vaugirard, ce sixiesme juin, jour de la feste de la très sainte Trinité de l'année mil six cent quatre-vingt-quatorze. Signé : De la Salle2. »

A peine eut-il constitué sa famille religieuse, que M. de la Salle reprit un dessein auquel son humilité le ramenait toujours. Le lecteur se souvient que, dans

1 Les treize formules originales sont conservées aux archives de la maison mère des Frères. Nous avons transcrit colle de Jean- Baptiste. — - Blain, p. 344, dit que M. de la Salle a ajouté à sa signature les mois : prêtre romain. Lucard, Annales, p. 93, la répète après lui. Mais l'original, que nous avons eu sous les yeux, ne porte pas cette mention.

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