‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 136 sur 320 · PROJET DE QUITTER LA SUPERIORITE · texte numérisé non relu

PROJET DE QUITTER LA SUPERIORITE

L'assemblée de 1686, il s'était démis de la supériorité el avait fait élire à sa place le frère Henri L'Heureux. Obligé par l'administration diocésaine de reprendre son rang. parce qu'il ne convenait pas qu'un prêtre fût commandé par un simple Frère, il avait résolu de tourner l'obstacle, en préparant Henri L'Heureux au sacerdoce. La Providence elle-même avait déjoué ce plan, en 1691, par la mort inattendue du Frère. Malgré tous ces avertissements, l'humble supérieur pensait toujours à descendre au second rang. Certes, ce n'est pas que le travail lui pesât ni que la société des Frères lui coûtât. Son attachement inviolable à l'Institut n'était-il pas assez démontré par les engagements pris, en 1691, avec Nicolas Yuvart et Gabriel Drolin, par les vieux perpétuels qu'il venait de prononcer avec les douze Frères à Vaugirard? Son amour pour l'Institut n'était pas douteux ; il ne fuyait pas la peine. Mais il souhaitait de ne plus commander : il avait la passion d'obéir ; il ne voulait plus l'honneur de la première place.

L'occasion lui parut favorable pour accomplir son dessein. Le lendemain de la Trinité, 7 juin 1694, il assembla les douze Frères présents à Vaugirard. Comme il craignait quelque résistance de leur part, il prit, pour les amener à son idée, le ton le plus insinuant. D'après son biographe Blain1, il leur dit. entre autres cIiom •-

que puisque la Providence les avait unis ensemble par des viriix perpétuels, il était de leur sagesse de chercher les moyen- de rendre cette union si forte et si solide, «pie le monde et le démon ne pussent l'altérer: que le premier était de mettre- leur confiance en Dieu seul, se souvenanl que ceux qui s'appuient sur l'homme s'appuient sur un roseau fragile, qui, en se cassant sous la main qu'il soutient, la perce, ainsi que parle la sainte Ecri-

"■ I'ii.ain . p. .'.ii. Ce discours n'a ividcmmenl pas été recueilli mol pour mot; il dut être reproduit à peu près par 1rs Frères qui l'avaieni entendu . el qui l'ont consigné dans 1rs Mémoires donl Blain -

ture : qu'ils ne devaient le regarder que comme un pauvre prêtre sans secours el sans puissance de les soutenir: qu'il étail de la dernière folie de compter sur un homme mortel, et de fonder leurs espérances sur un bras de chair; qu'ils n'avaient pas oublié que, revenu des portes de la mort, il y avait trois ans, il pouvait y retourner en trois jours, et qu'en ce cas, ils seraient obligés d'élire un antre Supérieur; qu'il valait donc mieux prévenir que d'attendre cette nécessité pour l'aire ce choix; que de grandes raisons demandaient qu'ils se hâtassent de le l'aire, et que le délai sur cet article, qui pourrait aller jusqu'à sa mort, serait sujet à de terribles inconvénients pour leur Société.

« H ajouta que le second moven efficace de rendre leur union indissoluble était d'avoir pour chef un homme semblable à eux, qui ne fût point prêtre; que, tandis que le caractère sacerdotal mettrait entre eux et leur Supérieur une grande différence, il affaiblirait l'esprit d'union ; et que dc^ inférieurs mal unis à celui qui les gouverne sont un corps qui, ayant la tète et les membres mal joints, demeure sans vie ou privé de santé; que. par celle même raison, il était temps et grand temps de lui oter le gouvernement des Frères, et que s'ils attendaient à le l'aire, ils auraient lieu de s'en repentir; que la première expérience qu'ils feraient, à leur regret, de son conseil négligé, serait de voir, s'il venait à mourir, autant de Supérieurs qu'ils auraient d'écoles ; que cette diversité de pasteurs diviserait infailliblement le troupeau, el que les brebis désunies demeureraienl sans rapport entre elles, et sans subordination à un pasteur commun: '(u alors, n'ayant plus la même conduite, ils cesseraient d avoir le même esprit, le même cœur et les mêmes sentiments; que les bandes séparées, ne faisant plus une même société, changeraient de vues, de doctrine, de manière el d'habit, cl que bientôt ils trouveraient leur ruine dans leur division : parce que les Frères détachés

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