‹ Histoire de S. Jean-Baptiste de la SalleChapitre 139 sur 320 · MORTIFICATIONS ET MALADIES · texte numérisé non relu

MORTIFICATIONS ET MALADIES

prière, et. si le sommeil s'emparait de lui, il s'étendait à demi vêtu sur un eilice ou sur la terre humide. Pendant presque toute Tannée 1692, il n'avait couché que sur le plâtre. A vivre d'un tel régime, il contracta des rhumatismes très douloureux. Il ne se plaignit jamais de la souffrance; mais, en le privant de dire la sainte messe, le mal lui causait un profond chagrin. Par une permission spéciale de Dieu, le dimanche il souffrait moins, et il se traînait, soutenu par les Frères, jusqu'au saint autel. La joie d'offrir l'auguste sacrifice lui faisait perdre un instant le souvenir de ses maux ; mais il retombait ensuite sous les coups de ses cruelles douleurs.

. Il sentit bientôt qu'un tel mal le rendrait inutile à sa communauté; par amour pour l'Institut, il accepta de recourir à l'affreux remède qu'un médecin resté inconnu lui proposa. On l'étendit, comme le diacre saint Laurent, sur un gril de bois ; au-dessous de lui, on fît brûler, dans des réchauds pleins de charbons ardents, des herbes odoriférantes, du genièvre entre autres, dont les fumées et les vapeurs venaient imprégner ses membres nus. Sous l'action de ces brasiers qui le cuisaient, dans cette atmosphère où d'épaisses fumées suffoquaient le Frère qui le servait, le Saint ne laissa pas échapper une plainte , pas même ces soupirs résignés par lesquels les patients essayent d'alléger leur douleur ; il répétait seulement avec une douceur infinie cette parole qui lui était familière : Dieu soit béni, Dieu soit béni! L'héroïque courage qu'il déploya dans ce cruel supplice lui apporta quelque soulagement. Mais la guérison ne fut point complète : il fallut encore employer, plusieurs fois tous les ans, cet étrange remède. Jean-Baptiste le subit toujours avec la même résignation : il ne croyait pas payer trop cher la capacité de travailler encore au bien de ses enfants.

Jamais, au milieu des plus atroces douleurs, il ne se relâcha de sa vigilance et de sa fermeté. Il avait l'œil tout à la fois sur le noviciat de Yaugirard et sur toutes les

maisons de l'Institut. A peine était-il remis de cette première attaque de rhumatisme, qu'il se mit en route pour visiter les fondations de Reims et des villes voisines1.

De si rares exemples de vertu, joints au zèle le plus éclairé el le plus constant, produisaient dans l'Institut de vives impressions de ferveur. Les Frères « s'appliquaient avec une sainte émulation à mortifier leurs sens, et inventaient tous les jours de nouveaux moyens de s'humilier. . . On ne pouvait se lasser d'admirer la modestie avec laquelle" ils marchaient dans les rues, les yeux baisses, gardant un profond silence, sans jamais se détourner pour satisfaire leur curiosité2. »

Touché de la fidélité de ses disciples, M. de la Salle crut que l'heure était venue de mettre par écrit les règlements el les usages qui s'observaient depuis plus de quinze ans3 dans la Communauté. Dans la solitude de Vaugirard, il eut des loisirs pour s'appliquer à cette rédaction. Il procéda, suivant son habitude, avec une sage- lenteur cl dans un esprit tout surnaturel. Pour se remplir de l'Esprit de Dieu, il recourut « à de longues prières, des jeûnes fréquents et de rudes pénitences'1 ». Au reste, il ne voulait rien créer : il ne faisait que consigner par écrit les pratiques déjà reçues parmi les Frères. Lorsqu'il en eut achevé le recueil, il le soumit à l'examen de ses disciples, et leur fit un devoir de lui communiquer toutes leur- réflexions. Plusieurs d'entre eux le prièrent d'adoucir certains points qui semblaient trop austères. 11 craignit de le faire de son propre mouvement et d introduire lui-même, dans la discipline, une cause de relâchement ; mais il consentit à soumettre son travail à trois supérieurs des plus expérimentés de Paris dans le gouvernement des communautés religieuses5. Plein de déférence pour le sentiment de ces juges, il ne conserva de

1 Maillefer, p. 138. Blain, p. 332. — - Maillefer, p. H9-120. — biffre, emprunté h Bi vin, p. 339, nous porte :> croire que la I fut rédigée «n 1695 • Maillefer, p. 128.— ' Ibid., p. 129.

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